UNE IDÉE À LA FOIS · CHAPITRE 0Retrouver le PDF

MATRIX ANALYSIS · LE COURS, PAS À PAS

Comprendre ce que
l’on fait avec les matrices

Partir d’un calcul que l’on peut suivre. Comprendre ce qu’il permet de faire. Puis donner un nom à l’idée.

Nous allons commencer avec deux nombres et les opérations habituelles. À partir de là, nous construirons progressivement les outils du cours. Chaque nouvelle notation sera lue en français et chaque méthode sera montrée sur un exemple avant d’être écrite sous une forme générale.

Les exemples sont différents de ceux de ton devoir. Tu pourras ensuite reprendre son énoncé à part. Les approfondissements sont regroupés à la fin : ils ne sont pas nécessaires pour commencer la lecture.

Comment lire cette version

Tu n’as pas à connaître le vocabulaire de l’algèbre linéaire pour ouvrir ce cours. Nous supposons seulement que tu sais calculer avec des nombres, développer une expression et résoudre une équation simple. Lorsque nous aurons besoin d’une autre notion, nous l’expliquerons au moment où elle intervient.

Les neuf premières parties construisent les idées utiles pour reprendre les premiers exercices du devoir. Elles sont à lire dans l’ordre. Ensuite, nous utiliserons ces idées pour comprendre le reste du PDF : ce que font les matrices, comment résoudre les calculs qu’elles décrivent et comment interpréter les résultats.

Dans un exemple, prends le temps de suivre une égalité jusqu’à la suivante. Le texte entre les formules explique l’opération effectuée et sa raison. Les encadrés « À retenir » ne remplacent pas ce cheminement ; ils permettent de le retrouver après l’avoir compris.

Un même exemple reviendra. Nous utiliserons souvent les deux couples de nombres (1,1)(1,1) et (1,−1)(1,-1). Nous apprendrons d’abord à les additionner et à les multiplier par des nombres, puis à construire d’autres couples avec eux. Plus tard, nous verrons pourquoi ce choix permet de décrire tout le plan.

Support suivi : PDF « Chapter 0 – Review and Miscellanea », 81 diapositives. Les liens vers le PDF et le détail de la correspondance se trouvent à la fin. Le texte ne fournit ni corrigé ni indices du devoir.

1. Un vecteur : garder plusieurs nombres ensemble

1.1 Lire un couple de nombres#

Le couple (3,2)(3,2) contient deux nombres dans un ordre précis. Dans un dessin, il peut décrire le déplacement « trois unités vers la droite, deux unités vers le haut ». Nous appellerons ce couple un vecteur.

Les deux nombres sont ses coordonnées : 3 est la première coordonnée, 2 la seconde. Échanger les nombres donne (2,3)(2,3), donc un autre vecteur. L’ordre compte.

On peut écrire le même vecteur horizontalement ou verticalement :

(3,2)ou(32).(3,2)\qquad\text{ou}\qquad\begin{pmatrix}3\\2\end{pmatrix}.

L’écriture verticale est une colonne. Elle deviendra pratique pour calculer avec des tableaux de nombres. Pour l’instant, les deux écritures disent la même chose : première coordonnée 3, deuxième coordonnée 2.

032(3, 2)3 vers la droite2 vers le hautUne flèche permet de voirle déplacement.Le couple de nombrespermet de le calculer.
Le dessin aide à comprendre. Les coordonnées permettent de faire les calculs sans dessin.

1.2 Additionner deux vecteurs#

Additionner les déplacements (3,2)(3,2) et (1,−1)(1,-1), c’est faire le premier déplacement puis le second. Au total, on avance de 3+1=43+1=4 vers la droite et de 2+(−1)=12+(-1)=1 vers le haut. On obtient

(3,2)+(1,−1)=(4,1).(3,2)+(1,-1)=(4,1).

La règle de calcul est donc : additionner les premières coordonnées entre elles, puis les secondes entre elles. On ne mélange pas les positions. Pour trois coordonnées, on applique la même règle aux trois positions.

Le vecteur (0,0)(0,0) décrit le déplacement nul. L’ajouter ne change rien : (3,2)+(0,0)=(3,2)(3,2)+(0,0)=(3,2). On l’appelle le vecteur nul.

1.3 Multiplier un vecteur par un nombre#

Prendre deux fois (3,2)(3,2), c’est additionner ce vecteur à lui-même. On trouve (6,4)(6,4). Nous écrivons cela

2(3,2)=(6,4).2(3,2)=(6,4).

On multiplie chaque coordonnée par 2. Plus généralement, multiplier un vecteur par un nombre revient à multiplier toutes ses coordonnées par ce nombre. Par exemple :

12(3,2)=(3/2,1),−1(3,2)=(−3,−2),0(3,2)=(0,0).\frac12(3,2)=(3/2,1),\qquad -1(3,2)=(-3,-2),\qquad 0(3,2)=(0,0).

Sur le dessin, un nombre positif modifie la longueur sans changer le sens. Un nombre négatif renverse aussi le sens. La multiplication par zéro donne le vecteur nul.

Dans le vocabulaire du cours, le nombre qui multiplie un vecteur s’appelle un scalaire. Pour nos premiers exemples, un scalaire est simplement un nombre réel, par exemple 2, −3 ou 1/2. L’expression « multiplication scalaire » signifie donc ici « multiplication d’un vecteur par un nombre ».

1.4 Soustraire un vecteur#

Pour annuler le déplacement (3,2)(3,2), il faut faire le déplacement (−3,−2)(-3,-2). Leur somme est (0,0)(0,0). Ces deux vecteurs sont opposés. Soustraire un vecteur revient à ajouter son opposé :

(3,2)−(1,−1)=(3,2)+(−1,1)=(2,3).(3,2)-(1,-1)=(3,2)+(-1,1)=(2,3).
À retenir. Un vecteur peut être une liste ordonnée de nombres. On l’additionne et on le multiplie par un nombre position par position. Dans ce contexte, le mot « scalaire » désigne le nombre utilisé pour cette multiplication.
Une petite vérification avant de continuer

Pour a=(2,−1)a=(2,-1) et b=(−1,3)b=(-1,3), calcule a+ba+b, 3a3a et −b-b.

Explication

La somme est (2+(−1),−1+3)=(1,2)(2+(-1),-1+3)=(1,2). Le multiple 3a3a est (6,−3)(6,-3). L’opposé −b-b est (1,−3)(1,-3). Dans les trois calculs, chaque position est traitée séparément.

2. Construire un vecteur avec d’autres vecteurs

2.1 Deux opérations réunies dans une expression#

Prenons maintenant u=(1,1)u=(1,1) et v=(1,−1)v=(1,-1). Que signifie 2u+v2u+v ? On calcule d’abord deux fois uu, puis on ajoute vv :

2u=(2,2),2u+v=(2,2)+(1,−1)=(3,1).2u=(2,2),\qquad 2u+v=(2,2)+(1,-1)=(3,1).

Nous avons construit le vecteur (3,1)(3,1) avec les deux vecteurs de départ. Une expression obtenue en multipliant des vecteurs par des nombres, puis en additionnant les résultats, s’appelle une combinaison linéaire.

Le terme peut sembler abstrait ; l’opération qu’il désigne est exactement celle que nous venons de faire. Dans 2u+v2u+v, les nombres 2 et 1 sont les coefficients de la combinaison. Écrire vv sans nombre devant signifie 1v1v.

Les coefficients peuvent être négatifs ou nuls. Par exemple, 3u−2v3u-2v est une combinaison linéaire. Son calcul donne (3,3)+(−2,2)=(1,5)(3,3)+(-2,2)=(1,5). En revanche, multiplier les coordonnées de deux vecteurs entre elles est une autre opération ; ce n’est pas ce que signifie « combinaison linéaire ».

2.2 Inverser la question : peut-on construire la cible ?#

Jusqu’ici, nous choisissions les coefficients et nous calculions le résultat. Demandons maintenant quels coefficients permettent d’obtenir w=(5,1)w=(5,1). Appelons-les aa et bb, deux nombres inconnus. Nous cherchons

a(1,1)+b(1,−1)=(5,1).a(1,1)+b(1,-1)=(5,1).

À gauche, on multiplie puis on additionne :

(a,a)+(b,−b)=(a+b,a−b).(a,a)+(b,-b)=(a+b,a-b).

Deux couples sont égaux lorsque leur première coordonnée est la même et leur seconde aussi. Nous devons donc avoir à la fois a+b=5a+b=5 et a−b=1a-b=1. Additionner ces deux équations donne 2a=62a=6, donc a=3a=3. La première équation donne ensuite b=2b=2.

Nous avons trouvé la construction w=3u+2vw=3u+2v. On la vérifie sans aucune nouvelle méthode : 3(1,1)+2(1,−1)=(3,3)+(2,−2)=(5,1)3(1,1)+2(1,-1)=(3,3)+(2,-2)=(5,1).

2.3 Ce qu’un seul vecteur permet de construire#

Avec seulement u=(1,1)u=(1,1), on peut obtenir 2u=(2,2)2u=(2,2), −3u=(−3,−3)-3u=(-3,-3), (1/2)u=(1/2,1/2)(1/2)u=(1/2,1/2), etc. Les deux coordonnées restent égales. On ne peut donc pas obtenir (3,1)(3,1) avec ce seul vecteur.

Sur le dessin, tous les multiples de uu se trouvent sur une droite passant par l’origine. Avec un seul vecteur non nul et tous les nombres réels comme coefficients, on obtient exactement cette droite.

Avec uu et vv, nous pouvons aller au-delà de cette droite. En fait, ils permettent de construire n’importe quel couple (x,y)(x,y). La question devient a+b=xa+b=x, a−b=ya-b=y. Le même calcul qu’auparavant donne

a=x+y2,b=x−y2.a=\frac{x+y}{2},\qquad b=\frac{x-y}{2}.

Ces expressions sont des nombres pour tous les choix de xx et yy. Elles donnent donc une construction pour chaque cible du plan. Ce résultat sera important quand nous parlerons de bases.

2.4 Le nom de l’ensemble des résultats possibles#

L’espace engendré par des vecteurs est l’ensemble de tous les vecteurs que l’on peut construire en combinant ces vecteurs avec des coefficients autorisés. On note celui engendré par uu et vv :

Vect⁡(u,v)={au+bv : a,b sont des nombres reˊels}.\operatorname{Vect}(u,v)=\{au+bv\ :\ a,b\text{ sont des nombres réels}\}.

Lisons cette écriture : les accolades décrivent un ensemble ; au+bvau+bv décrit ses éléments ; ce qui suit les deux-points précise que l’on prend toutes les valeurs réelles possibles de a,ba,b. Le cours anglais écrit span au lieu de Vect⁡\operatorname{Vect}. C’est le même ensemble.

Nous avons ainsi montré que Vect⁡(u)\operatorname{Vect}(u) est une droite et que Vect⁡(u,v)\operatorname{Vect}(u,v) est tout le plan pour notre choix particulier de u,vu,v. Si le deuxième vecteur avait été 2u2u, il n’aurait apporté aucune possibilité supplémentaire : toutes les combinaisons seraient restées sur la même droite.

Pour savoir si une cible peut être construite

  1. Mettre un coefficient inconnu devant chaque vecteur disponible.
  2. Écrire que leur somme doit être égale à la cible.
  3. Comparer les coordonnées : cela donne des équations.
  4. Résoudre ces équations.
  5. Vérifier la combinaison obtenue, ou montrer pourquoi les équations sont impossibles.

Cette procédure explique le lien avec les systèmes d’équations, que nous allons étudier maintenant.

3. Plusieurs équations à respecter en même temps

3.1 Ce que demande un système#

Considérons les deux équations 2x+y=72x+y=7 et x−y=2x-y=2. Les nombres x,yx,y sont inconnus. Nous cherchons un même couple qui vérifie les deux équations. Cet ensemble d’équations constitue un système.

Le couple (3,1)(3,1) convient : 2×3+1=72\times3+1=7 et 3−1=23-1=2. Le couple (2,3)(2,3) ne convient pas : il vérifie la première équation, mais pas la seconde. Une solution du système doit satisfaire toutes les équations simultanément.

Les équations que nous étudions ici sont dites linéaires : les inconnues sont multipliées par des nombres connus, puis additionnées. On n’y trouve ni x2x^2, ni xyxy, ni 1/x1/x. Ainsi, 2x+y=72x+y=7 est linéaire ; x2+y=7x^2+y=7 ne l’est pas.

3.2 Résoudre en faisant disparaître une inconnue#

Appelons la première équation L1L_1 et la seconde L2L_2. Le symbole LL servira à repérer une ligne de calcul. Additionnons-les :

(2x+y)+(x−y)=7+2.(2x+y)+(x-y)=7+2.

Les termes +y+y et −y-y s’annulent. Il reste 3x=93x=9, donc x=3x=3. En revenant à x−y=2x-y=2, on obtient 3−y=23-y=2, donc y=1y=1. On finit par remplacer les deux nombres dans les deux équations initiales, comme nous l’avons fait plus haut.

Cette résolution illustre une stratégie générale : combiner les équations pour faire disparaître des inconnues. Lorsque le système comporte davantage d’équations, nous organisons ces opérations dans un tableau.

3.3 Mettre les coefficients dans un tableau#

Dans 2x+y=72x+y=7, les coefficients de xx et de yy sont 2 et 1. Dans x−y=2x-y=2, ils sont 1 et −1. Nous les rangeons en gardant toujours le même ordre des inconnues :

[2171−12].\left[\begin{array}{cc|c}2&1&7\\1&-1&2\end{array}\right].

La première colonne contient les coefficients de xx, la deuxième ceux de yy. La dernière colonne contient les nombres situés à droite des signes égal. La barre verticale rappelle la séparation entre les deux côtés des équations.

Un tableau de nombres rectangulaire s’appelle une matrice. « Rectangulaire » signifie que toutes ses lignes ont le même nombre de positions. La matrice des seuls coefficients est ici (211−1)\begin{pmatrix}2&1\\1&-1\end{pmatrix}. Elle a deux lignes et deux colonnes : on dit qu’elle est de taille 2×22\times2. Avec la colonne de droite ajoutée, le tableau s’appelle la matrice augmentée du système.

Il faut écrire les zéros qui correspondent aux inconnues absentes. Par exemple, y=4y=4 se traduit par la ligne [01∣4][0\quad1\mid4] si l’ordre choisi est x,yx,y. Omettre ce zéro déplacerait toutes les informations.

À retenir. Le tableau n’ajoute aucune difficulté mathématique. Il enregistre les mêmes équations en évitant de réécrire les lettres à chaque étape. Chaque ligne doit pouvoir être retraduite en une équation.

4. La méthode de Gauss, une opération à la fois

Notre objectif est de transformer un système en un autre qui a exactement les mêmes solutions, mais qui est plus facile à lire. Nous allons d’abord suivre un calcul complet. La procédure générale viendra ensuite.

4.1 Les opérations qui conservent les solutions#

On peut échanger deux équations : leur ordre ne change pas les conditions à respecter. On peut multiplier les deux côtés d’une équation par un même nombre non nul : on peut retrouver l’ancienne en divisant par ce nombre. Enfin, on peut ajouter à une équation un multiple d’une autre, à condition de conserver cette autre équation : on peut ensuite annuler l’opération en soustrayant ce même multiple.

Le point commun est que ces opérations sont réversibles. Elles ne suppriment pas d’information. Multiplier une équation par zéro, en revanche, la remplacerait par 0=00=0 et ferait perdre sa condition.

Dans les tableaux, on écrit par exemple L2←L2−2L1L_2\leftarrow L_2-2L_1. Cela se lit : « remplacer la deuxième ligne par la deuxième ligne moins deux fois la première ». La flèche indique le remplacement. La première ligne reste inchangée.

4.2 Un calcul avec trois inconnues#

Prenons le système suivant, avec les inconnues toujours rangées dans l’ordre x,y,zx,y,z :

{x+y+z=6,2x+3y+z=11,x+2y+3z=14.\begin{cases}x+y+z=6,\\2x+3y+z=11,\\x+2y+3z=14.\end{cases}

La première équation comporte un coefficient 1 devant xx. Utilisons-le pour enlever xx des deux autres équations. Ce coefficient choisi pour faire les éliminations s’appelle un pivot. Il doit être non nul.

Dans la deuxième équation, on retire deux fois la première. Le coefficient de xx devient 2−2×1=02-2\times1=0. Les autres coefficients et le nombre de droite subissent exactement la même opération :

(2x+3y+z)−2(x+y+z)=11−2×6,(2x+3y+z)-2(x+y+z)=11-2\times6,

ce qui donne y−z=−1y-z=-1. Pour la troisième équation, on retire une fois la première : (x+2y+3z)−(x+y+z)=14−6(x+2y+3z)-(x+y+z)=14-6, donc y+2z=8y+2z=8. Le système est devenu

{x+y+z=6,y−z=−1,y+2z=8.\begin{cases}x+y+z=6,\\y-z=-1,\\y+2z=8.\end{cases}

Nous avons fini de traiter xx. Le coefficient 1 devant yy dans la deuxième ligne devient le pivot suivant. Pour enlever yy de la troisième ligne, retirons la deuxième ligne à la troisième : (y+2z)−(y−z)=8−(−1)(y+2z)-(y-z)=8-(-1). On trouve 3z=93z=9.

La forme finale se lit du bas vers le haut :

{x+y+z=6,y−z=−1,3z=9.\begin{cases}x+y+z=6,\\y-z=-1,\\3z=9.\end{cases}

D’abord, z=3z=3. Ensuite, y−3=−1y-3=-1, donc y=2y=2. Enfin, x+2+3=6x+2+3=6, donc x=1x=1. Ce retour dans les équations précédentes s’appelle la substitution arrière.

Le contrôle dans le système de départ donne 1+2+3=61+2+3=6, 2+6+3=112+6+3=11, et 1+4+9=141+4+9=14. Les trois conditions sont bien satisfaites.

4.3 Le même calcul dans les tableaux#

Voici maintenant les mêmes opérations sans les lettres des inconnues. À chaque étape, tu dois pouvoir retrouver les équations que nous venons de lire.

[11162311112314].\left[\begin{array}{ccc|c}1&1&1&6\\2&3&1&11\\1&2&3&14\end{array}\right].

Après L2←L2−2L1L_2\leftarrow L_2-2L_1 et L3←L3−L1L_3\leftarrow L_3-L_1, on obtient

[111601−1−10128].\left[\begin{array}{ccc|c}1&1&1&6\\0&1&-1&-1\\0&1&2&8\end{array}\right].

Après L3←L3−L2L_3\leftarrow L_3-L_2, avec la deuxième ligne telle qu’elle est maintenant, on obtient

[111601−1−10039].\left[\begin{array}{ccc|c}1&1&1&6\\0&1&-1&-1\\0&0&3&9\end{array}\right].

Les zéros sous les pivots forment un escalier. On appelle ce résultat une forme échelonnée. Les pivots se trouvent de plus en plus à droite quand on descend les lignes. Une fois cette forme atteinte, la remontée permet de résoudre.

4.4 Que faire si le coefficient choisi vaut zéro ?#

On ne divise jamais par zéro. Si une ligne plus bas possède un coefficient non nul dans la colonne à traiter, on l’échange avec la ligne courante. Par exemple, devant les lignes [01∣3][0\quad1\mid3] et [21∣5][2\quad1\mid5], on commence en plaçant la deuxième au-dessus.

Si toutes les entrées restantes de la colonne sont nulles, il n’y a plus rien à éliminer dans cette colonne. On passe à la suivante. Cela pourra laisser une inconnue que les équations ne déterminent pas à elles seules.

La procédure de Gauss en mots

  1. Choisir un ordre pour les inconnues et écrire le tableau complet, zéros compris.
  2. Prendre un coefficient non nul pour faire disparaître l’inconnue correspondante dans les lignes en dessous.
  3. Passer aux lignes restantes et à l’inconnue suivante.
  4. Continuer jusqu’à obtenir l’escalier.
  5. Retraduire les lignes finales en équations.
  6. Déterminer les inconnues du bas vers le haut, ou laisser des choix libres si les équations ne les fixent pas.
  7. Vérifier dans les équations initiales.

4.5 Une ligne peut ne plus rien demander, ou demander l’impossible#

Considérons x+2y=4x+2y=4 et 2x+4y=82x+4y=8. En retirant deux fois la première équation à la seconde, on trouve 0=00=0. Cette égalité est toujours vraie. La deuxième équation répétait donc une information déjà connue.

Il reste seulement x+2y=4x+2y=4. On peut choisir yy librement ; ensuite, xx est imposé. Appelons tt le nombre choisi pour yy. Alors

y=t,x=4−2t.y=t,\qquad x=4-2t.

Le nombre tt s’appelle un paramètre : il peut prendre toutes les valeurs réelles. Pour t=0t=0, la solution est (4,0)(4,0). Pour t=1t=1, elle est (2,1)(2,1). La formule donne toutes les solutions, sans avoir à les énumérer.

On dit que yy est une variable libre, parce qu’on peut choisir sa valeur. L’écriture (x,y)=(4−2t,t)(x,y)=(4-2t,t), avec tt réel, est une paramétrisation des solutions : elle les décrit à l’aide de ce choix libre.

Si la deuxième équation avait été 2x+4y=92x+4y=9, la même soustraction aurait donné 0=10=1. Aucun choix de x,yx,y ne peut rendre cette égalité vraie. Le système n’a alors aucune solution. On l’appelle incompatible. Un système compatible possède au moins une solution.

Pour des coefficients réels ou complexes, trois situations sont possibles : aucune solution ; une seule solution ; ou une infinité de solutions, décrites par un ou plusieurs paramètres. Dans les systèmes compatibles, chaque inconnue libre apporte un paramètre indépendant des autres.

Suivre une opération à la fois

Les tableaux ci-dessous correspondent à deux inconnues, dans l’ordre x puis y. La colonne après la barre contient les nombres à droite des équations.

4.6 Gauss–Jordan : terminer les éliminations#

On peut pousser le calcul pour obtenir des pivots égaux à 1 et des zéros au-dessus aussi bien qu’en dessous. Par exemple, le tableau [12∣401∣1][\begin{smallmatrix}1&2&|&4\\0&1&|&1\end{smallmatrix}] dit x+2y=4x+2y=4, y=1y=1. Retirer deux fois la deuxième ligne à la première donne [10∣201∣1][\begin{smallmatrix}1&0&|&2\\0&1&|&1\end{smallmatrix}], qui dit directement x=2,y=1x=2,y=1.

Cette variante est la méthode de Gauss–Jordan. Le résultat est une forme échelonnée réduite, appelée RREF dans le support anglais. On l’utilisera quand il faudra lire facilement toutes les solutions ou calculer un inverse.

Deux habitudes de calcul. Garde les fractions exactes plutôt que leurs approximations décimales. Et si un coefficient contient un paramètre, par exemple t−2t-2, distingue le cas t=2t=2 avant de diviser par ce coefficient : ce cas peut changer la résolution.

5. Faire les mêmes opérations sur d’autres objets

Nous savons additionner des couples et les multiplier par des nombres. Le cours utilise le même mécanisme pour des matrices, des polynômes et des fonctions. Nous allons vérifier ce que les mots « somme », « zéro » et « opposé » signifient dans chaque cas.

5.1 Les matrices : agir sur chaque position#

Nous avons rencontré une matrice comme tableau de coefficients. Elle peut aussi être l’objet que l’on additionne. Pour deux matrices de même taille, on additionne les nombres situés à la même position :

(12−10)+(3−245)=(4035).\begin{pmatrix}1&2\\-1&0\end{pmatrix}+\begin{pmatrix}3&-2\\4&5\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}4&0\\3&5\end{pmatrix}.

Multiplier une matrice par 2 revient à multiplier toutes ses entrées par 2. Une entrée est un nombre à une position du tableau. Le zéro, pour des matrices de taille 2×22\times2, est (0000)\begin{pmatrix}0&0\\0&0\end{pmatrix}. L’opposé de la première matrice est (−1−210)\begin{pmatrix}-1&-2\\1&0\end{pmatrix}.

Les tailles doivent être identiques pour l’addition : sinon, certaines positions n’auraient pas de correspondant. L’ensemble de toutes les matrices réelles de taille m×nm\times n se note Mm,n(R)M_{m,n}(\mathbb R). Ici, mm compte les lignes, nn les colonnes, et R\mathbb R précise que les entrées sont des nombres réels.

5.2 Les polynômes : agir sur chaque coefficient#

Un polynôme, comme p(X)=2−3X+X2p(X)=2-3X+X^2, est une somme de puissances entières positives ou nulles de XX, multipliées par des nombres. Les nombres 2, −3 et 1 sont ses coefficients. Son degré est la plus grande puissance dont le coefficient est non nul : ici, 2.

Pour ajouter deux polynômes, on regroupe les termes qui ont la même puissance. Par exemple, avec q(X)=1+2Xq(X)=1+2X, on obtient

p(X)+q(X)=(2+1)+(−3+2)X+1X2=3−X+X2.p(X)+q(X)=(2+1)+(-3+2)X+1X^2=3-X+X^2.

Le zéro est le polynôme dont tous les coefficients valent zéro. Il vaut zéro pour toute valeur de XX. L’opposé de pp est −2+3X−X2-2+3X-X^2 : leur somme est bien le polynôme nul.

On note P2(R)P_2(\mathbb R) l’ensemble des polynômes réels de degré au plus 2. Il contient donc aussi 11, XX, et le polynôme nul. « Au plus » est indispensable : en additionnant X2X^2 et −X2-X^2, le terme de degré 2 disparaît. L’ensemble des seuls polynômes de degré exactement 2 ne serait pas conservé par l’addition.

5.3 Les fonctions : agir sur chaque valeur#

Une fonction associe une valeur à chaque nombre de son domaine. Pour additionner deux fonctions définies sur le même domaine, on additionne leurs valeurs au même point :

(f+g)(t)=f(t)+g(t).(f+g)(t)=f(t)+g(t).

Par exemple, si f(t)=t2f(t)=t^2 et g(t)=2tg(t)=2t, leur somme est la fonction t↦t2+2tt\mapsto t^2+2t. Multiplier ff par 3 donne la fonction t↦3t2t\mapsto3t^2. La fonction nulle donne zéro à chaque point du domaine. L’opposé de ff donne −f(t)-f(t) à chaque point.

Une suite peut se voir comme une fonction dont l’argument est un entier : elle donne un nombre pour n=0n=0, un autre pour n=1n=1, etc. La suite nulle est alors celle dont tous les termes valent zéro.

5.4 Pourquoi le même mot « vecteur » s’applique ici#

Nous n’avons pas besoin que l’objet soit une flèche pour faire ces calculs. Ce qui nous sert est la possibilité de l’additionner à un objet du même genre et de le multiplier par un nombre, avec les règles habituelles. Dans l’étude de cette structure, on appelle aussi vecteurs les matrices, les polynômes ou les fonctions concernés.

Ce changement de vocabulaire n’ajoute pas une nouvelle opération. « Un vecteur de P2P_2 » signifie simplement « un polynôme de cet ensemble ». Pour calculer, on revient aux règles sur ses coefficients. Nous allons maintenant préciser quelles règles rendent ce langage possible.

6. Quand un ensemble permet tous ces calculs

6.1 L’idée d’un espace vectoriel#

Prenons l’ensemble de tous les couples de nombres réels. Additionner deux de ses éléments donne encore un couple réel. Multiplier un de ses éléments par un nombre réel donne encore un couple réel. Nous pouvons donc enchaîner ces deux opérations sans quitter l’ensemble.

Les règles habituelles du calcul restent vraies : changer l’ordre d’une addition ne change pas son résultat ; les parenthèses d’une somme de trois vecteurs ne changent pas le résultat ; on peut développer 2(u+v)2(u+v) en 2u+2v2u+2v. Le vecteur nul et les opposés appartiennent aussi à l’ensemble.

Un ensemble où l’on peut faire ces opérations avec ces règles s’appelle un espace vectoriel. Le nom désigne donc un cadre de calcul. L’ensemble de tous les couples réels est un espace vectoriel ; l’ensemble de toutes les matrices réelles d’une taille fixée en est un autre.

On note l’ensemble des couples réels R2\mathbb R^2. Le symbole R\mathbb R signifie « nombres réels », et le 2 indique qu’il y a deux coordonnées. De même, R3\mathbb R^3 contient les triplets et Rn\mathbb R^n les listes de nn coordonnées réelles.

6.2 « Rester dans l’ensemble » : la stabilité#

Le fait de rester dans un ensemble après une opération s’appelle la stabilité par cette opération. Il faut lire cette propriété avec le mot « tous » : toute somme de deux éléments doit rester dans l’ensemble, et tout multiple par un réel doit aussi y rester.

L’ensemble des couples dont les coordonnées sont strictement positives échoue à ce test. Par exemple, (1,2)(1,2) en fait partie, mais son multiple par −1, (−1,−2)(-1,-2), n’en fait pas partie. Cet ensemble ne permet donc pas les calculs requis pour être un espace vectoriel avec les opérations habituelles.

Un seul exemple qui échoue suffit à réfuter une propriété censée être vraie pour tous. En revanche, quelques exemples qui fonctionnent ne prouvent pas qu’elle fonctionne toujours. Pour prouver la stabilité, il faut un raisonnement qui ne dépend pas de valeurs particulières.

6.3 Les règles à vérifier, avant leurs noms techniques#

Voici le sens des règles de la définition. Pour l’addition, on doit pouvoir additionner dans n’importe quel ordre et regrouper les termes librement. Il faut un objet qui ne change rien quand on l’ajoute, le zéro, et un objet qui annule chaque vecteur, son opposé.

Pour la multiplication par un nombre, multiplier par 1 ne doit rien changer. Multiplier par 3 puis par 2 doit donner le même résultat que multiplier directement par 6. Enfin, on doit pouvoir développer une somme, que la somme soit dans les vecteurs ou dans les nombres qui les multiplient.

Le tableau suivant met un nom et une écriture sur ces règles. Les lettres u,v,wu,v,w représentent des vecteurs quelconques de l’ensemble ; a,ba,b sont des nombres réels quelconques. Dans une preuve, « quelconque » signifie que nous ne leur donnons pas une valeur particulière.

Règle en françaisÉcritureNom du cours
La somme reste dans l’ensemble.u+vu+v appartient encore à l’ensemble.Stabilité par addition.
Regrouper une somme ne la change pas.(u+v)+w=u+(v+w)(u+v)+w=u+(v+w).Associativité.
Changer l’ordre ne change pas la somme.u+v=v+uu+v=v+u.Commutativité.
Un zéro ne change rien.u+0=uu+0=u.Élément neutre.
Chaque vecteur peut être annulé par un autre.u+(−u)=0u+(-u)=0.Existence d’un opposé.
Un multiple reste dans l’ensemble.auau appartient encore à l’ensemble.Stabilité par multiplication scalaire.
Deux multiplications successives se regroupent.a(bu)=(ab)ua(bu)=(ab)u.Compatibilité des multiplications.
On peut développer une somme de vecteurs.a(u+v)=au+ava(u+v)=au+av.Distributivité.
On peut développer une somme de nombres.(a+b)u=au+bu(a+b)u=au+bu.Autre distributivité.
Multiplier par 1 ne change rien.1u=u1u=u.Identité scalaire.

Ces règles sont les axiomes de la définition : les conditions exigées pour appeler l’ensemble un espace vectoriel. Dans le support, les deux stabilités sont comptées parmi les dix conditions. Elles ne sont pas dix formules indépendantes à apprendre sans raison : elles garantissent que les manipulations faites sur les combinaisons sont légitimes.

6.4 Comment vérifier une règle sans tester mille exemples#

Prenons des matrices d’une taille fixée, additionnées position par position. Pour montrer a(A+B)=aA+aBa(A+B)=aA+aB, observons une position quelconque. Si elle contient rr dans AA et ss dans BB, elle contient a(r+s)a(r+s) à gauche et ar+asar+as à droite. Ces nombres sont égaux par le calcul réel usuel.

Le même raisonnement vaut à chaque position. Les matrices entières sont donc égales. On dit que la propriété se vérifie entrée par entrée. Pour des couples, ce serait coordonnée par coordonnée ; pour des polynômes, coefficient par coefficient ; pour des fonctions, valeur par valeur.

Cette façon de raisonner fournit aussi les autres règles : à chaque position, on invoque la règle correspondante pour les nombres réels. Il faut en plus vérifier que les résultats restent des objets autorisés, et que le zéro et les opposés appartiennent à l’ensemble.

Quand on demande de vérifier tous les axiomes

  1. Préciser quels objets sont autorisés et comment les deux opérations sont définies.
  2. Prendre des objets quelconques, avec des lettres pour leurs coordonnées ou coefficients.
  3. Vérifier que les résultats des deux opérations appartiennent à l’ensemble.
  4. Identifier explicitement le zéro et les opposés.
  5. Vérifier chaque identité du tableau à l’aide du calcul sur les coordonnées, coefficients ou valeurs.

Écrire « c’est évident » ne montre pas quelle propriété garantit l’égalité. Écrire une position quelconque permet de le montrer en une ligne utile.

6.5 Quelques symboles qui abrègent ces phrases#

Le symbole u∈Vu\in V se lit « uu appartient à l’ensemble VV ». Le symbole S⊂VS\subset V signifie que tous les éléments de SS sont aussi dans VV. Le symbole ∀\forall se lit « pour tout », et ∃\exists, « il existe ». Ainsi, ∀u∈V, 1u=u\forall u\in V,\ 1u=u dit exactement « pour chaque vecteur de l’ensemble, le multiplier par 1 ne le change pas ».

Ces écritures servent à raccourcir une phrase connue. Si elles rendent une preuve difficile à suivre, commence par écrire la phrase en toutes lettres, puis reviens aux symboles.

Complément : si les opérations sont redéfinies

Dans les exemples habituels, le zéro se reconnaît facilement. Si l’énoncé change les opérations, il faut le rechercher avec la nouvelle règle. Par exemple, pour u⊕v=u+v−2u\oplus v=u+v-2, le nombre qui laisse uu inchangé est 2 : u⊕2=uu\oplus2=u. L’opposé pour cette addition doit vérifier u⊕w=2u\oplus w=2, donc w=4−uw=4-u. On ne doit pas y utiliser automatiquement le zéro et l’opposé de l’addition ordinaire.

Avec la multiplication a⊙u=2+a(u−2)a\odot u=2+a(u-2), ces deux opérations définissent bien un espace vectoriel sur l’ensemble des réels. Le changement d’écriture ϕ(u)=u−2\phi(u)=u-2 le montre : il convertit ⊕\oplus en addition ordinaire et ⊙\odot en multiplication ordinaire. Les règles sont alors les règles connues, exprimées avec ce décalage.

7. Restreindre les objets autorisés sans casser les règles

7.1 Une droite qui accepte encore tous les calculs#

Partons de tous les couples réels, puis ne gardons que ceux de la forme (t,2t)(t,2t). Par exemple, (1,2)(1,2), (−3,−6)(-3,-6) et (0,0)(0,0) sont autorisés. Sur le dessin, ils forment la droite d’équation y=2xy=2x.

Prenons deux éléments quelconques de cette droite : (s,2s)(s,2s) et (t,2t)(t,2t). Leur somme est (s+t,2s+2t)=(s+t,2(s+t))(s+t,2s+2t)=(s+t,2(s+t)). C’est encore un couple de la forme imposée. Si nous multiplions (s,2s)(s,2s) par un nombre aa, nous obtenons (as,2as)(as,2as), également de cette forme.

Le zéro est dans la droite. L’addition et la multiplication par un nombre restent donc possibles dans ce sous-ensemble. Les autres règles, comme la distributivité, restent vraies puisqu’il s’agit des mêmes opérations sur les mêmes couples. Cet ensemble plus petit est lui-même un espace vectoriel : on l’appelle un sous-espace vectoriel de R2\mathbb R^2.

7.2 Le test de sous-espace et sa justification#

Un espace plus grand, déjà connu, sert ici de point de départ. On l’appelle l’espace ambiant. Dans un de ses sous-ensembles, avec les opérations inchangées, il suffit de vérifier trois choses : le zéro est présent, les sommes restent dans l’ensemble, et les multiples aussi.

Pourquoi n’a-t-on pas à refaire les dix vérifications ? Les égalités sont déjà vraies dans l’espace plus grand. Il reste à s’assurer qu’aucune opération nécessaire ne nous fait sortir du sous-ensemble. En particulier, les opposés restent disponibles, car l’opposé de uu est son multiple par −1.

On peut réunir les deux stabilités en un seul test : si u,vu,v appartiennent au sous-ensemble, alors au+bvau+bv doit aussi lui appartenir, pour tous les nombres réels a,ba,b. Cette écriture est simplement une combinaison linéaire de deux éléments.

7.3 Une contrainte et une preuve entièrement développée#

Dans R3\mathbb R^3, gardons les triplets qui vérifient x+2y−z=0x+2y-z=0. Pour prouver que cet ensemble est un sous-espace, nous devons vérifier la contrainte après chaque opération.

Le triplet nul convient : 0+2×0−0=00+2\times0-0=0. Prenons maintenant deux triplets autorisés, u=(x1,y1,z1)u=(x_1,y_1,z_1) et v=(x2,y2,z2)v=(x_2,y_2,z_2). Les petits indices 1 et 2 servent seulement à distinguer les coordonnées des deux triplets. Par hypothèse,

x1+2y1−z1=0,x2+2y2−z2=0.x_1+2y_1-z_1=0,\qquad x_2+2y_2-z_2=0.

Leur somme a les coordonnées (x1+x2,y1+y2,z1+z2)(x_1+x_2,y_1+y_2,z_1+z_2). Testons la contrainte sur cette somme :

(x1+x2)+2(y1+y2)−(z1+z2)=(x1+2y1−z1)+(x2+2y2−z2)=0+0.(x_1+x_2)+2(y_1+y_2)-(z_1+z_2)=(x_1+2y_1-z_1)+(x_2+2y_2-z_2)=0+0.

Elle est donc respectée. Pour un multiple auau, le même test donne ax1+2ay1−az1=a(x1+2y1−z1)=a×0=0ax_1+2ay_1-az_1=a(x_1+2y_1-z_1)=a\times0=0. Les trois conditions sont vérifiées ; l’ensemble est bien un sous-espace.

Les lettres ont permis de traiter tous les triplets autorisés à la fois. Nous n’avons pas choisi des exemples particuliers en espérant qu’ils représentent les autres.

7.4 Décrire exactement les triplets de l’ensemble#

La contrainte x+2y−z=0x+2y-z=0 donne z=x+2yz=x+2y. On peut choisir x=sx=s et y=ty=t, puis z=s+2tz=s+2t. Tous les triplets autorisés s’écrivent donc

(s,t,s+2t)=s(1,0,1)+t(0,1,2).(s,t,s+2t)=s(1,0,1)+t(0,1,2).

Nous avons paramétré l’ensemble : s,ts,t sont les deux choix libres. Nous avons aussi montré comment construire ses vecteurs avec deux vecteurs fixes. Réciproquement, tout triplet écrit de cette façon respecte la contrainte, car s+2t−(s+2t)=0s+2t-(s+2t)=0. Ce second sens confirme que la description n’ajoute aucun élément interdit.

7.5 Ce qui change quand le nombre de droite n’est pas zéro#

Si la contrainte devient x+2y−z=3x+2y-z=3, le triplet nul ne convient plus. Le sous-espace échoue donc dès le premier test. Il est inutile de poursuivre pour montrer que ce n’est pas un sous-espace.

La forme des solutions reste facile à lire : z=x+2y−3z=x+2y-3, donc

(x,y,z)=(0,0,−3)+s(1,0,1)+t(0,1,2).(x,y,z)=(0,0,-3)+s(1,0,1)+t(0,1,2).

Il y a une partie fixe, puis les mêmes directions que précédemment. L’ensemble est un plan déplacé. Le terme du cours est espace affine : un sous-espace auquel on a ajouté un vecteur fixe.

Une équation linéaire dont le nombre de droite vaut zéro est dite homogène. Plusieurs contraintes linéaires homogènes définissent toujours un sous-espace, car les calculs de stabilité que nous venons de faire s’appliquent à chacune. Une contrainte non homogène, comme celle avec 3, exclut le vecteur nul.

Voir l’effet du nombre de droite

Cette fois, le dessin représente x + y = c dans le plan. Fais varier c et regarde si la droite contient le point (0, 0).

7.6 Contenir zéro ne suffit pas à lui seul#

Gardons les couples qui sont sur l’un des deux axes : leur première ou leur seconde coordonnée vaut zéro. Le zéro appartient bien à cet ensemble. Pourtant, (1,0)(1,0) et (0,1)(0,1) sont autorisés, alors que leur somme (1,1)(1,1) ne l’est pas. La stabilité par addition échoue.

Décider si un ensemble est un sous-espace

  1. Identifier l’espace plus grand et vérifier que les opérations sont héritées sans changement.
  2. Tester le zéro. S’il est exclu, la réponse est immédiatement non.
  3. Prendre deux éléments quelconques et vérifier leur somme, puis un multiple quelconque.
  4. Si une propriété échoue, donner des éléments précis qui montrent cet échec.
  5. Si une paramétrisation est demandée, résoudre les contraintes et identifier les choix libres.

8. Savoir si un objet est dans un espace engendré

Nous avons déjà appris le principe avec des couples : chercher des coefficients pour construire la cible. La même méthode fonctionne pour des polynômes et des matrices. Ce qui change est la façon de comparer les deux côtés de l’égalité.

8.1 Avec des polynômes, comparer chaque puissance#

Les deux polynômes disponibles sont p1(X)=1+Xp_1(X)=1+X et p2(X)=X+X2p_2(X)=X+X^2. Peut-on construire q(X)=2+3X+X2q(X)=2+3X+X^2 avec eux ? Appelons a,ba,b les coefficients recherchés :

a(1+X)+b(X+X2)=2+3X+X2.a(1+X)+b(X+X^2)=2+3X+X^2.

Développons seulement le membre de gauche et regroupons ses puissances :

a+(a+b)X+bX2=2+3X+X2.a+(a+b)X+bX^2=2+3X+X^2.

Pour que les polynômes soient égaux, leurs coefficients doivent être égaux à chaque puissance. Le terme constant demande a=2a=2. Le coefficient de XX demande a+b=3a+b=3. Celui de X2X^2 demande b=1b=1. Ces trois conditions peuvent être satisfaites en même temps.

La réponse est donc oui : q=2p1+p2q=2p_1+p_2. Le calcul direct 2(1+X)+(X+X2)=2+3X+X22(1+X)+(X+X^2)=2+3X+X^2 contrôle le résultat.

Pour la cible 2+4X+X22+4X+X^2, les termes constant et quadratique imposeraient encore a=2,b=1a=2,b=1, mais le coefficient de XX demanderait a+b=4a+b=4. On obtiendrait alors 3=43=4. Il n’existe pas de combinaison pour cette cible.

8.2 Avec des matrices, comparer les positions#

Si les matrices disponibles sont diagonales, c’est-à-dire avec des zéros en dehors de la diagonale qui va du haut gauche au bas droit, toutes leurs combinaisons resteront diagonales. Une cible comportant un 7 en haut à droite est donc impossible à construire. Cette observation est déjà une preuve.

Si cette observation simple ne suffit pas, on procède exactement comme pour les polynômes. On met un coefficient inconnu devant chaque matrice, on développe la combinaison et on compare chaque entrée avec celle de la cible. Une matrice 2×22\times2 fournit jusqu’à quatre équations, une par position.

8.3 Pourquoi cette méthode répond exactement à la question#

Dire que qq est dans l’espace engendré par p1,p2p_1,p_2 signifie, par définition, qu’il existe des nombres a,ba,b tels que q=ap1+bp2q=ap_1+bp_2. La méthode ne fait donc pas une approximation : elle traduit mot à mot la définition en équations.

Si les équations ont plusieurs solutions, la cible est constructible de plusieurs façons. Si elles en ont une seule, sa construction avec cette liste de vecteurs est unique. Cela nous conduit à la question suivante : comment choisir des vecteurs qui permettent de tout décrire, sans redondance ?

9. Choisir les vecteurs nécessaires, sans redondance

9.1 Une liste peut contenir des vecteurs inutiles#

Avec u=(1,1)u=(1,1), v=(1,−1)v=(1,-1) et w=(2,0)w=(2,0), on peut construire tout le plan. Mais w=u+vw=u+v. Si un calcul utilise ww, on peut le remplacer par u+vu+v. Par exemple, 2u+3w=5u+3v2u+3w=5u+3v. Le troisième vecteur n’ajoute aucune possibilité.

Pour repérer ce genre de redondance, on cherche une combinaison qui donne zéro sans que tous les coefficients soient nuls. Ici, u+v−w=0u+v-w=0. Les coefficients 1, 1 et −1 donnent une telle relation. On dit que la liste est liée, ou que ses vecteurs sont linéairement dépendants.

Une liste de vecteurs est appelée une famille. Elle est libre lorsque la seule combinaison qui donne zéro est celle dont tous les coefficients sont nuls. Le mot « libre » signifie ici qu’aucun vecteur de la liste n’est rendu inutile par les autres.

9.2 Vérifier la liberté sur notre exemple#

Pour la famille (u,v)(u,v), cherchons les nombres a,ba,b tels que au+bv=0au+bv=0. Comme dans la partie 2, les coordonnées donnent

a+b=0,a−b=0.a+b=0,\qquad a-b=0.

Additionner donne 2a=02a=0, donc a=0a=0, puis b=0b=0. Il n’existe aucune autre solution : cette famille est libre.

Avec trois vecteurs ou plus, il ne suffit pas de vérifier les paires. Les vecteurs (1,0)(1,0), (0,1)(0,1), (1,1)(1,1) ne comportent aucune paire proportionnelle, mais le troisième est la somme des deux premiers. Il faut tester une relation qui porte sur toute la famille.

Tester une famille

  1. Écrire une combinaison de tous ses vecteurs égale à zéro.
  2. Comparer les coordonnées, coefficients ou entrées.
  3. Résoudre les équations obtenues.
  4. Si tous les coefficients sont obligatoirement nuls, la famille est libre.
  5. Sinon, choisir une solution non nulle et écrire la relation qui montre la redondance.

Si l’un des vecteurs est déjà nul, la famille est liée : le coefficient 1 devant ce vecteur et 0 devant les autres donne une relation non nulle.

9.3 Une base donne une description qui existe et qui est unique#

Nous avons établi deux choses pour u,vu,v : ils permettent de construire tout le plan, et ils sont libres. Une famille qui possède ces deux propriétés s’appelle une base.

La première propriété garantit qu’une description existe pour toute cible. On dit que la famille est génératrice de l’espace. La seconde garantit que la description est unique. Si w=au+bv=a′u+b′vw=au+bv=a'u+b'v, soustraire les deux écritures donne (a−a′)u+(b−b′)v=0(a-a')u+(b-b')v=0. La liberté impose a=a′a=a' et b=b′b=b'.

Les coefficients de cette unique écriture sont les coordonnées dans la base. Pour w=(3,1)w=(3,1), nous avons trouvé w=2u+vw=2u+v. Ses coordonnées dans la base B=(u,v)\mathcal B=(u,v) sont donc (2,1)(2,1). On écrit

[w]B=(21).[w]_{\mathcal B}=\begin{pmatrix}2\\1\end{pmatrix}.

Les crochets avec l’indice B\mathcal B demandent de lire « coordonnées de ww dans la base B\mathcal B ». Le vecteur ww reste (3,1)(3,1) dans les coordonnées de départ. Les nombres (2,1)(2,1) décrivent comment le fabriquer avec u,vu,v.

Le même vecteur, deux descriptions

Le dessin utilise u = (1, 1) et v = (1, −1) comme base. Change les coordonnées de départ x et y. Les deux coefficients de construction sont calculés en dessous.

9.4 La dimension compte les coefficients nécessaires#

Pour décrire un élément du plan dans une base, il faut deux coefficients. Pour décrire un élément d’une droite par un vecteur non nul de cette droite, un seul coefficient suffit. Le nombre de vecteurs d’une base est la dimension de l’espace.

Toutes les bases d’un même espace ont le même nombre de vecteurs. L’idée derrière ce résultat est qu’une famille libre ne peut pas avoir plus de vecteurs qu’une famille qui engendre tout l’espace : chaque direction indépendante a besoin d’une place dans la description. En comparant deux bases dans les deux sens, leurs tailles sont obligatoirement égales. Une justification plus détaillée est disponible dans les approfondissements.

Les couples ont dimension 2, les triplets dimension 3. Un polynôme de P2P_2 s’écrit de façon unique a+bX+cX2a+bX+cX^2. La famille (1,X,X2)(1,X,X^2) est donc une base, et la dimension vaut 3, malgré l’indice 2 de P2P_2. Cet indice indique le degré maximal.

Une matrice m×nm\times n possède mnmn positions indépendantes à remplir. Une base s’obtient avec une matrice valant 1 dans une position et 0 partout ailleurs, pour chacune des positions. Sa dimension est donc mnmn. L’espace qui contient seulement le vecteur nul a dimension 0 : aucune direction n’est nécessaire pour le construire.

9.5 Les raccourcis deviennent justifiés#

Dans un espace de dimension nn, une famille de nn vecteurs libres est automatiquement une base : elle comporte déjà toutes les directions nécessaires. Une famille génératrice de nn vecteurs est aussi une base : il ne reste aucune place pour une redondance. Une famille de plus de nn vecteurs est liée, et moins de nn vecteurs ne peuvent engendrer tout l’espace.

Pour construire une base, on peut donc partir de générateurs et supprimer les redondances. Ou partir d’une famille libre et ajouter un vecteur qui ne peut pas encore être construit, jusqu’à engendrer l’espace entier. Nous verrons comment Gauss organise ces choix pour des coordonnées.

Ce qui doit être clair avant la suite. « Génératrice » signifie qu’on peut construire tous les vecteurs de l’espace visé. « Libre » signifie qu’il n’y a pas de redondance. Une base réunit les deux propriétés et donne des coordonnées uniques. La dimension est le nombre de coefficients de cette description.

10. Une matrice peut transformer une liste de nombres

10.1 Lire le produit d’une matrice et d’un vecteur#

Reprenons 2x+y=72x+y=7, x−y=2x-y=2. Avec x=3,y=1x=3,y=1, le calcul des deux membres de gauche donne 7 et 2. Nous pouvons enregistrer ce calcul par une seule écriture :

(211−1)(31)=(72).\begin{pmatrix}2&1\\1&-1\end{pmatrix}\begin{pmatrix}3\\1\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}7\\2\end{pmatrix}.

Voici la règle qui définit ce produit. Pour le premier nombre de sortie, prendre la première ligne du tableau : 2×3+1×1=72\times3+1\times1=7. Pour le deuxième, prendre la deuxième ligne : 1×3+(−1)×1=21\times3+(-1)\times1=2. Chaque ligne donne un nombre de sortie en combinant les nombres d’entrée.

Si nous appelons la matrice AA, le vecteur d’entrée xx et le vecteur de sortie bb, cette opération s’écrit Ax=bAx=b. Dans cette notation, xx représente toute la colonne d’inconnues, pas seulement une de ses coordonnées. Résoudre le système signifie retrouver une entrée qui donne la sortie demandée.

10.2 Les colonnes disent aussi comment la sortie est construite#

On peut effectuer le même calcul par colonnes :

(211−1)(31)=3(21)+1(1−1).\begin{pmatrix}2&1\\1&-1\end{pmatrix}\begin{pmatrix}3\\1\end{pmatrix}=3\begin{pmatrix}2\\1\end{pmatrix}+1\begin{pmatrix}1\\-1\end{pmatrix}.

Chaque nombre d’entrée multiplie la colonne correspondante. La somme est la sortie. La multiplication par une matrice est donc une combinaison de ses colonnes.

Cette lecture explique pourquoi chercher une solution de Ax=bAx=b revient à chercher si bb appartient à l’espace engendré par les colonnes de AA. Ce sont deux formulations de la même construction, avec les mêmes coefficients inconnus.

10.3 Compter les entrées et les sorties#

Une matrice de taille m×nm\times n possède nn colonnes : elle attend nn nombres en entrée. Elle possède mm lignes : elle produit mm nombres en sortie. Le vecteur d’entrée appartient donc à Rn\mathbb R^n, le vecteur de sortie à Rm\mathbb R^m.

Par exemple, (101011)\begin{pmatrix}1&0&1\\0&1&1\end{pmatrix} prend trois nombres et en produit deux. Pour l’entrée (x,y,z)(x,y,z), la sortie est (x+z,y+z)(x+z,y+z). Les vecteurs d’entrée et de sortie n’ont pas besoin d’avoir la même taille.

10.4 Ce que signifie « application linéaire »#

Une application est une règle qui associe une sortie à chaque entrée. Pour une matrice, cette règle est « effectuer le produit que nous venons de définir ». Le terme transformation est aussi utilisé.

Une application est dite linéaire si elle respecte les deux opérations du cours : la sortie d’une somme est la somme des sorties, et la sortie d’un multiple est le même multiple de la sortie. Si on note l’application TT, ces deux phrases s’écrivent

T(u+v)=T(u)+T(v),T(au)=aT(u).T(u+v)=T(u)+T(v),\qquad T(au)=aT(u).

Les matrices donnent de telles applications : développer le produit ligne par ligne vérifie ces égalités. On peut aussi les réunir en T(au+bv)=aT(u)+bT(v)T(au+bv)=aT(u)+bT(v). Cette propriété explique l’adjectif « linéaire » que nous rencontrons dans les combinaisons et les systèmes.

Une règle linéaire envoie nécessairement zéro sur zéro, puisque T(0u)=0T(u)T(0u)=0T(u). Mais envoyer zéro sur zéro ne suffit pas : la fonction T(t)=t2T(t)=t^2 le fait, alors que T(1+1)=4T(1+1)=4 et T(1)+T(1)=2T(1)+T(1)=2. Elle ne respecte pas l’addition.

10.5 Connaître les sorties des vecteurs de base suffit#

Si u,vu,v forment une base et si l’on connaît T(u),T(v)T(u),T(v), alors la sortie de au+bvau+bv est obligatoirement aT(u)+bT(v)aT(u)+bT(v). Comme chaque entrée s’écrit dans cette base, nous connaissons toute l’application.

Pour en faire une matrice, on place les coordonnées de T(u)T(u) dans la première colonne et celles de T(v)T(v) dans la deuxième. Il faut préciser dans quelle base les sorties sont décrites. Nous développerons les changements de base plus loin ; le principe des colonnes est déjà entièrement expliqué par la linéarité.

Exemple sur des polynômes

La dérivation transforme a+bX+cX2a+bX+cX^2 en b+2cXb+2cX. Dans la base (1,X,X2)(1,X,X^2) au départ, les trois vecteurs ont pour dérivées 00, 11 et 2X2X. Dans la base (1,X)(1,X) à l’arrivée, leurs coordonnées sont (0,0)(0,0), (1,0)(1,0), (0,2)(0,2). La matrice est donc

(010002).\begin{pmatrix}0&1&0\\0&0&2\end{pmatrix}.

Le produit par (a,b,c)T(a,b,c)^T donne (b,2c)T(b,2c)^T, exactement les coefficients de la dérivée. Ici, le petit TT en exposant indique seulement que l’on écrit la liste en colonne ; nous expliquerons la transposition dans la partie 15.

10.6 Multiplier deux matrices : faire deux transformations à la suite#

Si une matrice BB produit une sortie que la matrice AA peut prendre en entrée, on peut calculer A(Bx)A(Bx). On appelle ABAB la matrice qui effectue les deux calculs à la suite. Dans ABAB, on applique donc d’abord BB, puis AA.

La colonne de sortie de BB correspondant à une entrée de base devient à son tour une entrée pour AA. Ainsi, la colonne numéro jj de ABAB est AA multipliée par la colonne numéro jj de BB. On obtient la règle usuelle : chaque entrée du produit est le produit d’une ligne de AA par une colonne de BB, en additionnant les produits des positions correspondantes.

Un produit complet

(1101)(2001)=(1×2+1×01×0+1×10×2+1×00×0+1×1)=(2101).\begin{pmatrix}1&1\\0&1\end{pmatrix}\begin{pmatrix}2&0\\0&1\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}1\times2+1\times0&1\times0+1\times1\\0\times2+1\times0&0\times0+1\times1\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}2&1\\0&1\end{pmatrix}.

En inversant l’ordre des matrices, on trouve (2201)\begin{pmatrix}2&2\\0&1\end{pmatrix}. L’ordre compte parce que les deux transformations ne sont pas appliquées dans le même ordre. On dit que le produit matriciel n’est pas commutatif.

La taille doit permettre l’enchaînement : le nombre de colonnes de AA doit être le nombre de lignes de BB. Le produit d’une matrice m×nm\times n par une matrice n×pn\times p a la taille m×pm\times p.

Lire la formule générale du produit

On note aija_{ij} l’entrée de AA située à la ligne ii, colonne jj. Les deux indices repèrent donc une position. La formule du produit est

(AB)ij=∑k=1naikbkj.(AB)_{ij}=\sum_{k=1}^n a_{ik}b_{kj}.

Le grand symbole ∑\sum signifie « additionner ». Ici, on prend successivement k=1,2,…,nk=1,2,\ldots,n, on forme le produit aikbkja_{ik}b_{kj} pour chaque valeur, puis on additionne ces produits. C’est exactement la règle ligne–colonne, écrite pour un nombre quelconque de positions.

On peut regrouper trois produits : (AB)C=A(BC)(AB)C=A(BC), car les deux calculs appliquent dans l’ordre CC, puis BB, puis AA. Cette associativité ne permet pas d’échanger l’ordre des facteurs.

11. Les entrées qui disparaissent et les sorties possibles

11.1 Le noyau : ce qui est envoyé sur zéro#

Prenons la matrice qui transforme (x,y,z)(x,y,z) en (x+z,y+z)(x+z,y+z) :

A=(101011).A=\begin{pmatrix}1&0&1\\0&1&1\end{pmatrix}.

Quelles entrées donnent la sortie (0,0)(0,0) ? Les équations sont x+z=0x+z=0, y+z=0y+z=0. On choisit z=tz=t, puis x=−t,y=−tx=-t,y=-t. Les entrées recherchées sont donc les multiples de (−1,−1,1)(-1,-1,1).

L’ensemble des entrées envoyées sur zéro s’appelle le noyau de la matrice. On le note ker⁡A\ker A. Dans notre exemple,

ker⁡A=Vect⁡((−1,−1,1)).\ker A=\operatorname{Vect}((-1,-1,1)).

Le noyau est un sous-espace : la somme de deux entrées envoyées sur zéro donne encore zéro par linéarité, et il en va de même pour les multiples. Il décrit l’information que la transformation fait disparaître. Ajouter un élément du noyau à une entrée ne change pas sa sortie.

11.2 L’image : tout ce que l’on peut atteindre en sortie#

Peut-on obtenir n’importe quelle sortie (r,s)(r,s) avec notre matrice ? Oui : choisir l’entrée (r,s,0)(r,s,0) donne précisément (r,s)(r,s). L’ensemble de toutes les sorties possibles est donc tout R2\mathbb R^2.

Cet ensemble s’appelle l’image de la matrice et se note Im⁡A\operatorname{Im}A. Comme la sortie est une combinaison des colonnes, l’image est exactement l’espace engendré par ces colonnes. C’est donc aussi un sous-espace.

Le noyau contient des entrées : ici, des triplets. L’image contient des sorties : ici, des couples. Ils peuvent vivre dans des espaces différents. Cette distinction est utile pour savoir de quelle taille doivent être les vecteurs que l’on cherche.

11.3 Retrouver toutes les entrées qui donnent une sortie donnée#

Demandons maintenant la sortie (2,3)(2,3). Les équations deviennent x+z=2x+z=2, y+z=3y+z=3. Elles donnent

(x,y,z)=(2−t,3−t,t)=(2,3,0)+t(−1,−1,1).(x,y,z)=(2-t,3-t,t)=(2,3,0)+t(-1,-1,1).

Nous reconnaissons une entrée qui convient, (2,3,0)(2,3,0), puis tous les éléments du noyau ajoutés à cette entrée. Une entrée choisie qui convient s’appelle une solution particulière. Le système avec la sortie zéro s’appelle le système homogène associé.

Ce principe est général : si Axp=bAx_p=b, toutes les solutions de Ax=bAx=b sont exactement xp+hx_p+h, où hh parcourt le noyau. En effet, A(xp+h)=Axp+Ah=b+0A(x_p+h)=Ax_p+Ah=b+0. Réciproquement, deux solutions qui donnent le même bb ont une différence envoyée sur zéro.

11.4 Extraire le noyau et l’image avec Gauss#

Pour le noyau, la méthode est directe : résoudre Ax=0Ax=0. Les variables libres fournissent une paramétrisation ; écrire un vecteur fixe devant chaque paramètre donne une base du noyau.

Pour l’image, on cherche des colonnes indépendantes qui suffisent à reconstruire toutes les autres. Gauss les repère : ce sont les colonnes qui contiennent les pivots. Mais les vecteurs à garder sont ceux de la matrice initiale. Les opérations sur les lignes peuvent changer leurs coordonnées de sortie.

Un calcul commun pour plusieurs questions

C=(10122133011−1).C=\begin{pmatrix}1&0&1&2\\2&1&3&3\\0&1&1&-1\end{pmatrix}.

Faisons L2←L2−2L1L_2\leftarrow L_2-2L_1, puis L3←L3−L2L_3\leftarrow L_3-L_2 avec la nouvelle deuxième ligne. Le résultat est

(1012011−10000).\begin{pmatrix}1&0&1&2\\0&1&1&-1\\0&0&0&0\end{pmatrix}.

Les pivots sont dans les colonnes 1 et 2. Les colonnes correspondantes de la matrice initiale sont c1=(1,2,0)c_1=(1,2,0) et c2=(0,1,1)c_2=(0,1,1). Elles forment une base de l’image. On peut vérifier directement que la troisième colonne vaut c1+c2c_1+c_2 et la quatrième 2c1−c22c_1-c_2.

Pour le noyau, appelons les quatre inconnues x1,x2,x3,x4x_1,x_2,x_3,x_4. Les lignes réduites donnent x1+x3+2x4=0x_1+x_3+2x_4=0, x2+x3−x4=0x_2+x_3-x_4=0. Choisir x3=s,x4=tx_3=s,x_4=t donne

x=s(−1,−1,1,0)+t(−2,1,0,1).x=s(-1,-1,1,0)+t(-2,1,0,1).

Ces deux vecteurs forment une base du noyau : ils donnent toutes les solutions, et leurs troisième et quatrième coordonnées permettent de retrouver séparément s,ts,t. Pour contrôler, leur produit par CC doit être la colonne nulle.

Répondre sans confondre les deux questions

Pour le noyau : résoudre la sortie zéro et donner les vecteurs de la paramétrisation. Pour l’image : relever les indices des colonnes de pivot et reprendre ces colonnes dans la matrice initiale. Pour une famille de vecteurs quelconque : les placer en colonnes et appliquer ce même repérage pour en extraire une base.

12. Le rang : combien de directions la matrice conserve

12.1 Compter les sorties indépendantes#

Dans l’exemple AA de la partie précédente, toutes les sorties du plan étaient possibles. L’image avait dimension 2. Dans l’exemple CC, les sorties étaient des triplets, mais elles étaient toutes construites avec deux colonnes indépendantes : l’image avait aussi dimension 2.

La dimension de l’image s’appelle le rang. C’est le nombre de directions de sortie indépendantes. On peut le calculer en comptant les pivots après Gauss. Dans l’exemple CC, il y en avait deux, donc son rang vaut 2.

Une matrice de taille m×nm\times n ne peut avoir un rang supérieur au nombre nn de ses colonnes, ni au nombre mm de coordonnées de sortie. Son rang est donc au plus le plus petit de ces deux nombres.

12.2 D’où vient le nombre de paramètres libres#

Si une matrice possède nn colonnes, il y a nn inconnues en entrée. Chaque pivot détermine une de ces inconnues en fonction de celles qui restent. Avec rr pivots, il reste donc n−rn-r variables libres dans le système homogène.

La dimension du noyau est donc n−rn-r. Cette comptabilité porte le nom de théorème du rang, ou rang–nullité :

nombre de coordonneˊes d’entreˊe=rang+dimension du noyau.\text{nombre de coordonnées d’entrée}=\text{rang}+\text{dimension du noyau}.

Pour CC, quatre coordonnées d’entrée se répartissent en deux directions de sortie et deux directions qui donnent zéro : 4=2+24=2+2. Le mot nullité du support anglais désigne la dimension du noyau.

12.3 Utiliser le rang pour comprendre un système#

Une sortie bb est réalisable si elle est une combinaison des colonnes de AA, c’est-à-dire si elle appartient à l’image. Si on ajoute bb comme colonne supplémentaire, deux choses peuvent se produire : elle n’ajoute aucune direction, ou elle ajoute une direction qui n’était pas disponible.

Dans le premier cas, le rang ne change pas et le système est compatible. Dans le second, le rang augmente et aucune entrée ne peut donner bb. C’est le sens du critère

Ax=b a une solution⟺rang⁡[A∣b]=rang⁡A.Ax=b\text{ a une solution}\quad\Longleftrightarrow\quad\operatorname{rang}[A\mid b]=\operatorname{rang}A.

Le symbole ⟺\Longleftrightarrow se lit « si et seulement si » : chacune des deux affirmations entraîne l’autre. Si le système est compatible et si AA a nn colonnes, ses solutions possèdent n−rn-r paramètres. Si ce nombre est zéro, la solution est unique.

12.4 Deux mots pour distinguer les possibilités d’une application#

Une application est injective si deux entrées différentes ne peuvent pas donner la même sortie. Pour une application linéaire, cela revient à avoir seulement zéro dans le noyau : la différence de deux entrées ayant la même sortie serait dans ce noyau.

Elle est surjective si toutes les sorties de l’espace d’arrivée sont atteignables. Cela revient à dire que son image est tout cet espace. Pour une matrice m×nm\times n, l’injectivité demande le rang nn, la surjectivité demande le rang mm.

Dans notre matrice AA à deux lignes et trois colonnes, toute sortie était atteignable, mais plusieurs entrées donnaient la même sortie. Elle était donc surjective sans être injective. Les deux notions seront équivalentes pour les matrices carrées, où les dimensions de départ et d’arrivée sont égales.

Pourquoi les opérations de Gauss repèrent bien les colonnes à conserver

Une opération de ligne remplace chaque colonne selon une même règle réversible. Si une combinaison des colonnes donnait zéro avant, elle donne encore zéro après ; et la réversibilité assure l’autre sens. Les relations entre colonnes sont donc conservées. Dans la forme échelonnée, les colonnes de pivot apportent chacune une nouvelle position impossible à fabriquer avec les précédentes. Elles sont indépendantes et les autres se reconstruisent avec elles. On conserve les mêmes indices, mais on reprend les vecteurs avant les transformations.

La dimension de l’espace engendré par les lignes vaut aussi le nombre de pivots. Les opérations de ligne en conservent l’espace engendré et les lignes non nulles de la forme échelonnée sont indépendantes. Rang des lignes et rang des colonnes coïncident donc. Cela explique aussi pourquoi le rang ne change pas quand on transpose la matrice.

13. Le déterminant : savoir si une figure s’aplatit

13.1 Deux colonnes construisent un parallélogramme#

Deux vecteurs du plan, placés comme colonnes d’une matrice, dessinent deux côtés d’un parallélogramme. Si l’un est un multiple de l’autre, les deux côtés suivent la même droite : la figure s’aplatit et son aire est nulle.

Pour la matrice (abcd)\begin{pmatrix}a&b\\c&d\end{pmatrix}, le nombre ad−bcad-bc s’appelle son déterminant. Sa valeur absolue est l’aire du parallélogramme. La valeur absolue garde le nombre s’il est positif et change son signe s’il est négatif. Par exemple, ∣−3∣=3|-3|=3.

Le déterminant garde aussi un signe, qui renseigne sur l’ordre des deux directions. Échanger les deux colonnes renverse ce signe, sans changer l’aire. Par exemple, les colonnes (2,1)(2,1) et (1,2)(1,2) donnent le déterminant 2×2−1×1=32\times2-1\times1=3, donc une aire de 3.

Voir l’aire disparaître

La première colonne est u = (2, 1). La seconde est v = (s, 2). Fais varier s et repère quand les côtés suivent la même direction.

13.2 Pourquoi cela aide à résoudre les systèmes#

Si les deux colonnes suivent la même droite, elles ne peuvent pas construire tout le plan : le rang est inférieur à 2. Si le parallélogramme a une aire non nulle, les colonnes sont indépendantes et forment une base du plan. Le déterminant sépare ces deux situations.

Pour une matrice carrée de taille n×nn\times n, le déterminant généralise cette idée : zéro signifie que les colonnes sont liées ; un nombre non nul signifie qu’elles forment une base. En dimension 3, sa valeur absolue est un volume. Dans toutes les dimensions, c’est aussi le facteur par lequel la transformation multiplie les volumes.

Le déterminant est défini pour les matrices carrées, qui ont autant de lignes que de colonnes. Le rang, lui, existe aussi pour les matrices rectangulaires.

13.3 Calculer un déterminant en faisant des zéros#

Pour une matrice triangulaire, dont toutes les entrées sous la diagonale sont nulles, le déterminant est le produit des entrées diagonales. Par exemple, celui de (21403500−1)\begin{pmatrix}2&1&4\\0&3&5\\0&0&-1\end{pmatrix} vaut 2×3×(−1)=−62\times3\times(-1)=-6.

Gauss permet d’atteindre ce type de matrice. Il faut seulement savoir comment ses opérations affectent le déterminant. Ajouter un multiple d’une ligne à une autre ne le change pas. Échanger deux lignes change son signe. Multiplier une ligne par un nombre multiplie le déterminant par ce nombre.

Un calcul sans développement compliqué

D=(211433021).D=\begin{pmatrix}2&1&1\\4&3&3\\0&2&1\end{pmatrix}.

Retirons deux fois la première ligne à la deuxième. Elle devient [0,1,1][0,1,1]. Puis retirons deux fois cette nouvelle ligne à la troisième. Elle devient [0,0,−1][0,0,-1]. Les deux opérations n’ont pas changé le déterminant. La diagonale finale est 2, 1, −1, donc det⁡D=−2\det D=-2.

Le symbole det⁡D\det D signifie « déterminant de DD ». Si nous avions échangé des lignes, il aurait fallu corriger le signe.

13.4 Calculer en développant une ligne#

Une autre méthode réduit un déterminant à des déterminants plus petits. Choisissons une entrée, par exemple le 2 en haut à gauche de DD. Supprimer sa ligne et sa colonne laisse (3321)\begin{pmatrix}3&3\\2&1\end{pmatrix}. Son déterminant est 3×1−3×2=−33\times1-3\times2=-3. Ce petit déterminant est un mineur.

Pour développer suivant la première ligne, chaque entrée est multipliée par le mineur obtenu en supprimant sa ligne et sa colonne. Les signes alternent : plus, moins, plus. On obtient

det⁡D=2(3×1−3×2)−1(4×1−3×0)+1(4×2−3×0)=−2.\det D=2(3\times1-3\times2)-1(4\times1-3\times0)+1(4\times2-3\times0)=-2.

Le mineur avec son signe s’appelle un cofacteur. Pour une entrée de ligne ii, colonne jj, son signe est (−1)i+j(-1)^{i+j}. Cela forme un damier commençant par un plus en haut à gauche. On peut développer sur n’importe quelle ligne ou colonne : mieux vaut en choisir une qui contient beaucoup de zéros.

Le nom de cette méthode est le développement de Laplace. Elle aide à comprendre la définition ; pour une matrice dense plus grande, la triangularisation est généralement plus courte.

13.5 Quelques propriétés, avec leur signification#

Multiplier une seule colonne par 3 multiplie le volume par 3, donc le déterminant par 3. Multiplier toute une matrice n×nn\times n par 3 multiplie ses nn colonnes par 3, donc le déterminant par 3n3^n. Cette dépendance séparée à chaque colonne se nomme multilinéarité.

On ne peut pas en déduire det⁡(A+B)=det⁡A+det⁡B\det(A+B)=\det A+\det B : cette égalité est généralement fausse. Les deux colonnes, ou davantage, changent ensemble quand on additionne les matrices.

Si deux transformations carrées de même taille sont appliquées successivement, leurs facteurs de volume se multiplient. Cela donne det⁡(AB)=det⁡Adet⁡B\det(AB)=\det A\det B. Une matrice qui ne change rien aux vecteurs a le déterminant 1. Échanger deux lignes ou colonnes change le signe ; c’est la propriété appelée alternance.

13.6 Droite et aire d’un triangle#

Pour savoir si trois points sont alignés, on forme deux vecteurs à partir de l’un d’eux. S’ils sont liés, ils suivent la même droite ; leur déterminant vaut zéro. Pour l’aire du triangle, on prend la moitié de la valeur absolue de ce déterminant, car le triangle occupe la moitié du parallélogramme.

Par exemple, avec les sommets (0,0)(0,0), (3,0)(3,0), (1,2)(1,2), les vecteurs sont (3,0)(3,0) et (1,2)(1,2). Le déterminant vaut 6 et l’aire du triangle vaut 3.

Retrouver les formules écrites dans le PDF

La condition d’alignement avec deux points distincts (x1,y1)(x_1,y_1), (x2,y2)(x_2,y_2) s’écrit

det⁡(xx1x2yy1y2111)=0.\det\begin{pmatrix}x&x_1&x_2\\y&y_1&y_2\\1&1&1\end{pmatrix}=0.

Soustraire la dernière colonne aux deux premières fait apparaître les deux vecteurs différences dont nous venons de parler. Pour trois sommets, l’aire est

12∣det⁡(x1x2x3y1y2y3111)∣.\frac12\left|\det\begin{pmatrix}x_1&x_2&x_3\\y_1&y_2&y_3\\1&1&1\end{pmatrix}\right|.

Si les coordonnées sont entières, ce déterminant est entier. L’aire vaut donc N/2N/2, avec NN entier positif ou nul ; N=0N=0 correspond aux points alignés.

14. Pouvoir annuler l’action d’une matrice

14.1 Ce que fait un inverse#

Multiplier un nombre par 2 peut être annulé en le multipliant par 1/2. Pour une matrice, nous cherchons de même une seconde transformation qui retrouve l’entrée à partir de la sortie, pour toutes les entrées.

La matrice I=(1001)I=\begin{pmatrix}1&0\\0&1\end{pmatrix} renvoie chaque couple inchangé. On l’appelle la matrice identité. En taille nn, l’identité a des 1 sur la diagonale et des 0 ailleurs.

Une matrice carrée AA est inversible s’il existe une matrice notée A−1A^{-1} qui annule son action : A−1A=IA^{-1}A=I et AA−1=IAA^{-1}=I. L’exposant −1 désigne ici l’inverse, pas l’opposé. L’opposé est −A-A, qui annule la matrice par addition.

14.2 Pourquoi certaines matrices n’ont pas d’inverse#

Si deux entrées distinctes donnent la même sortie, aucun procédé basé sur cette seule sortie ne peut savoir laquelle retrouver. L’existence d’un inverse exige donc que le noyau soit réduit à zéro. Et il faut pouvoir accepter chaque sortie de l’espace d’arrivée.

Pour une matrice carrée, ces exigences se rejoignent : rang maximal, noyau nul, colonnes formant une base, déterminant non nul et inversibilité décrivent la même situation. Le théorème du rang relie le noyau et le rang ; l’existence d’une base de colonnes garantit qu’une sortie se construit d’une seule façon.

Le mot singulière désigne une matrice carrée qui n’est pas inversible. « Non singulière » signifie donc inversible dans ce contexte.

14.3 Calculer l’inverse par des opérations connues#

Pour transformer AA en II, on peut utiliser Gauss–Jordan. Les opérations effectuées annulent l’action de AA. En appliquant ces mêmes opérations à l’identité placée à droite, on enregistre la transformation qui annule AA, donc son inverse :

[A∣I]⟶[I∣A−1].[A\mid I]\longrightarrow[I\mid A^{-1}].

Deux opérations suffisent ici

[21101101].\left[\begin{array}{cc|cc}2&1&1&0\\1&1&0&1\end{array}\right].

À gauche de la barre se trouve la matrice à inverser ; à droite, l’identité. Faisons L1←L1−L2L_1\leftarrow L_1-L_2, sur toute la largeur :

[101−11101].\left[\begin{array}{cc|cc}1&0&1&-1\\1&1&0&1\end{array}\right].

Puis L2←L2−L1L_2\leftarrow L_2-L_1, avec la nouvelle première ligne :

[101−101−12].\left[\begin{array}{cc|cc}1&0&1&-1\\0&1&-1&2\end{array}\right].

Le bloc gauche est devenu l’identité. L’inverse est donc (1−1−12)\begin{pmatrix}1&-1\\-1&2\end{pmatrix}. On vérifie en multipliant les deux matrices : les entrées diagonales donnent 1 et les deux autres donnent 0.

Si le bloc gauche ne peut pas devenir l’identité, la matrice n’est pas inversible. Pour résoudre seulement Ax=bAx=b, il est souvent plus court de réduire [A∣b][A\mid b] directement, sans calculer tout l’inverse.

14.4 Garder l’ordre des opérations#

Pour annuler l’enchaînement « d’abord BB, puis AA », il faut annuler d’abord AA, puis BB. La formule est donc (AB)−1=B−1A−1(AB)^{-1}=B^{-1}A^{-1}. L’ordre des inverses n’est pas interchangeable.

Le cas des matrices rectangulaires

On peut parfois annuler l’action d’une matrice seulement d’un côté. Une matrice m×nm\times n de rang nn possède un inverse à gauche : une matrice LL telle que LA=InLA=I_n. Une matrice de rang mm possède un inverse à droite : une matrice RR telle que AR=ImAR=I_m. Ces deux propriétés sont distinctes pour les rectangles. Pour une matrice carrée, un inverse d’un côté suffit à garantir l’inverse des deux côtés.

Le support emploie aussi « non singulier » au sens de noyau nul pour une matrice rectangulaire. Pour ne pas confondre les usages, nous parlons alors d’injectivité ou de colonnes indépendantes. Les formules pour construire les inverses d’un côté seront données après le produit scalaire.

15. Les nombres complexes et trois opérations sur les matrices

Jusqu’ici, nos nombres étaient réels. Le PDF utilise aussi les nombres complexes et quelques opérations qui en dépendent. Cette partie donne ce qu’il faut savoir pour lire les formules suivantes ; elle vient ici parce que les premiers calculs n’en avaient pas besoin.

15.1 Le conjugué rend possible une longueur positive#

Un nombre complexe s’écrit z=a+ibz=a+ib, où a,ba,b sont réels et i2=−1i^2=-1. Son conjugué est z‾=a−ib\overline z=a-ib : on change le signe de la partie imaginaire. Par exemple, le conjugué de 2+3i2+3i est 2−3i2-3i.

Le produit du nombre et de son conjugué vaut (a+ib)(a−ib)=a2+b2(a+ib)(a-ib)=a^2+b^2. Il est donc réel et positif ou nul. La racine carrée de ce nombre est le module du complexe, noté ∣z∣|z|. Pour 2+3i2+3i, le module vaut 13\sqrt{13}.

On note C\mathbb C l’ensemble des complexes. Dans les espaces vectoriels complexes, les coefficients des combinaisons peuvent aussi être complexes. Les opérations sur les coordonnées gardent les mêmes règles ; la conjugaison intervient lorsque l’on veut mesurer des longueurs et des angles.

15.2 Transposer : échanger lignes et colonnes#

La transposée d’une matrice AA est la matrice notée ATA^T où chaque ligne de AA devient une colonne. Par exemple,

A=(123456),AT=(142536).A=\begin{pmatrix}1&2&3\\4&5&6\end{pmatrix},\qquad A^T=\begin{pmatrix}1&4\\2&5\\3&6\end{pmatrix}.

Une matrice m×nm\times n devient ainsi une matrice n×mn\times m. L’entrée de ligne ii, colonne jj, se retrouve ligne jj, colonne ii. Transposer deux fois ramène à la matrice initiale.

15.3 L’adjoint : transposer et conjuguer#

Pour une matrice complexe, on utilise souvent la transposée dont on a aussi conjugué toutes les entrées. Cette matrice s’appelle l’adjoint et se note A∗A^*, ou AHA^H dans certaines diapositives.

A=(1i23−i),A∗=(12−i3+i).A=\begin{pmatrix}1&i\\2&3-i\end{pmatrix},\qquad A^*=\begin{pmatrix}1&2\\-i&3+i\end{pmatrix}.

Les entrées réelles ne changent pas quand on les conjugue. Ainsi, pour une matrice réelle, l’adjoint et la transposée sont identiques.

Quand on transpose un produit, l’ordre des facteurs s’inverse : (AB)T=BTAT(AB)^T=B^TA^T. Il en va de même pour l’adjoint : (AB)∗=B∗A∗(AB)^*=B^*A^*. Cela se vérifie avec la règle ligne–colonne : échanger les deux indices échange le rôle des lignes et des colonnes. On ne doit pas conserver automatiquement l’ordre initial.

15.4 La trace : additionner la diagonale#

Pour une matrice carrée, la trace est la somme des entrées diagonales. Elle se note tr⁡A\operatorname{tr}A. Par exemple, la trace de (2713)\begin{pmatrix}2&7\\1&3\end{pmatrix} vaut 2+3=52+3=5. La trace de la matrice complexe ci-dessus vaut 1+(3−i)=4−i1+(3-i)=4-i.

La trace s’additionne et se multiplie par un nombre comme les entrées : tr⁡(A+B)=tr⁡A+tr⁡B\operatorname{tr}(A+B)=\operatorname{tr}A+\operatorname{tr}B. Elle possède aussi la propriété tr⁡(AB)=tr⁡(BA)\operatorname{tr}(AB)=\operatorname{tr}(BA), lorsque les deux produits ont une trace définie. Les matrices ABAB et BABA ne sont pas pour autant égales.

Dans la justification suivante, a12a_{12} désigne l’entrée de la matrice AA, ligne 1, colonne 2. Le premier indice repère toujours la ligne, le second la colonne.

Pour voir pourquoi les traces coïncident, en taille 2, la première est la somme de a11b11+a12b21a_{11}b_{11}+a_{12}b_{21} et a21b12+a22b22a_{21}b_{12}+a_{22}b_{22}. La seconde contient les mêmes quatre produits dans un autre ordre. La même réorganisation fonctionne en toute taille, y compris lorsque les deux produits carrés ont des tailles différentes.

16. Mesurer une longueur et reconnaître une direction perpendiculaire

16.1 Retrouver Pythagore dans les coordonnées#

Le vecteur (3,4)(3,4) a une longueur 5, car 32+42=253^2+4^2=25. Pour x=(x1,x2)x=(x_1,x_2), la longueur est donc x12+x22\sqrt{x_1^2+x_2^2}. Le nom utilisé dans le cours pour cette longueur est la norme euclidienne, notée ∥x∥2\|x\|_2. Les doubles barres désignent cette longueur.

Avec davantage de coordonnées, on additionne tous les carrés avant de prendre la racine. Pour des coordonnées complexes, on utilise les carrés des modules, car le carré d’un complexe n’est pas toujours positif. Ainsi, la norme de (1,i)(1,i) vaut ∣1∣2+∣i∣2=2\sqrt{|1|^2+|i|^2}=\sqrt2.

La norme vaut zéro seulement pour le vecteur nul. Multiplier un vecteur par un nombre aa multiplie sa norme par ∣a∣|a|, le module ou la valeur absolue du nombre. Ces règles correspondent aux longueurs attendues sur le dessin.

16.2 Un calcul qui détecte les angles droits#

Pour deux vecteurs réels x=(x1,x2)x=(x_1,x_2), y=(y1,y2)y=(y_1,y_2), le calcul x1y1+x2y2x_1y_1+x_2y_2 s’appelle leur produit scalaire. On le note ⟨x,y⟩\langle x,y\rangle. Le résultat est un nombre, d’où le mot « scalaire ».

Par exemple, (1,1)(1,1) et (1,−1)(1,-1) ont le produit scalaire 1×1+1×(−1)=01\times1+1\times(-1)=0. Sur le dessin, les deux directions forment un angle droit. Le résultat se généralise : deux vecteurs non nuls sont perpendiculaires exactement quand leur produit scalaire vaut zéro.

Le terme mathématique est orthogonal. On autorise aussi le vecteur nul dans cette définition : son produit scalaire avec n’importe quel vecteur vaut zéro. Pour des vecteurs réels non nuls, l’angle θ\theta vérifie

cos⁡θ=⟨x,y⟩∥x∥2∥y∥2.\cos\theta=\frac{\langle x,y\rangle}{\|x\|_2\|y\|_2}.

Un produit nul donne donc un cosinus nul, c’est-à-dire un angle droit. Le produit d’un vecteur avec lui-même est sa norme au carré.

16.3 La convention complexe du professeur#

Pour des vecteurs complexes, il faut conjuguer une des deux listes pour garder cette dernière propriété. Le PDF choisit de conjuguer le deuxième vecteur. En deux coordonnées :

⟨x,y⟩=x1y1‾+x2y2‾=y∗x.\langle x,y\rangle=x_1\overline{y_1}+x_2\overline{y_2}=y^*x.

La formule y∗xy^*x signifie : prendre le deuxième vecteur, le transposer et le conjuguer, puis le multiplier par le premier. Pour x=yx=y, on obtient bien la somme des modules carrés.

La première place est linéaire : ⟨ax,y⟩=a⟨x,y⟩\langle ax,y\rangle=a\langle x,y\rangle. Dans la deuxième place, le nombre ressort conjugué : ⟨x,ay⟩=a‾⟨x,y⟩\langle x,ay\rangle=\overline a\langle x,y\rangle. Échanger les deux vecteurs conjugue le résultat : ⟨y,x⟩=⟨x,y⟩‾\langle y,x\rangle=\overline{\langle x,y\rangle}. D’autres livres choisissent l’autre convention ; nous gardons celle du professeur dans toutes les formules.

L’orthogonalité reste définie par un produit nul. En revanche, un produit complexe n’est pas toujours réel : la formule du cosinus ci-dessus est utilisée ici seulement pour les vecteurs réels.

16.4 Deux inégalités à comprendre#

L’inégalité de Cauchy–Schwarz dit que la taille du produit scalaire ne dépasse pas le produit des longueurs :

∣⟨x,y⟩∣≤∥x∥2∥y∥2.|\langle x,y\rangle|\le\|x\|_2\|y\|_2.

Pour des vecteurs réels, elle correspond au fait que le cosinus reste entre −1 et 1. Il y a égalité lorsque les deux vecteurs suivent une même droite, c’est-à-dire lorsqu’ils sont liés. Les cas où l’un est nul sont inclus.

L’inégalité triangulaire dit ∥x+y∥≤∥x∥+∥y∥\|x+y\|\le\|x\|+\|y\|. Elle exprime que le déplacement direct ne peut être plus long que le trajet en deux étapes. Elle découle de Cauchy–Schwarz en développant le carré de la norme de la somme.

Pourquoi Cauchy–Schwarz est vraie, y compris avec des complexes

Si y=0y=0, les deux côtés sont nuls. Sinon, choisissons le nombre a=⟨x,y⟩/∥y∥2a=\langle x,y\rangle/\|y\|^2. Il est choisi pour que ⟨x−ay,y⟩=0\langle x-ay,y\rangle=0 : on retire à xx une partie parallèle à yy jusqu’à ce que le reste soit orthogonal.

Le carré d’une norme ne peut être négatif. Le développement, avec les règles de conjugaison, donne

0≤∥x−ay∥2=∥x∥2−∣⟨x,y⟩∣2∥y∥2.0\le\|x-ay\|^2=\|x\|^2-\frac{|\langle x,y\rangle|^2}{\|y\|^2}.

On multiplie par ∥y∥2\|y\|^2 et on prend les racines : on obtient l’inégalité. L’égalité demande que x−ay=0x-ay=0, donc que xx soit un multiple de yy. Pour la propriété triangulaire, le développement est

∥x+y∥2=∥x∥2+2Re⁡⟨x,y⟩+∥y∥2≤(∥x∥+∥y∥)2.\|x+y\|^2=\|x\|^2+2\operatorname{Re}\langle x,y\rangle+\|y\|^2\le(\|x\|+\|y\|)^2.

Le symbole Re⁡\operatorname{Re} désigne la partie réelle du complexe. Elle est au plus son module, que Cauchy–Schwarz permet de majorer. Prendre la racine termine la preuve.

16.5 Les matrices et les fonctions ont aussi des produits scalaires#

Une matrice peut être vue comme une liste de toutes ses entrées. On peut donc multiplier les entrées correspondantes, en conjuguant celles de la deuxième matrice, puis additionner. Ce produit scalaire se nomme le produit de Frobenius. Il s’écrit aussi ⟨A,B⟩F=tr⁡(AB∗)\langle A,B\rangle_F=\operatorname{tr}(AB^*).

Pourquoi la trace apparaît-elle ? L’entrée diagonale numéro ii de AB∗AB^* additionne les produits des entrées de la ligne ii de AA et de la ligne conjuguée de BB. La trace additionne ensuite ces résultats pour toutes les lignes. On a bien utilisé toutes les positions.

La norme correspondante est la racine de la somme des modules carrés des entrées. Ainsi tr⁡(AA∗)=tr⁡(A∗A)\operatorname{tr}(AA^*)=\operatorname{tr}(A^*A) vaut cette somme. Cauchy–Schwarz donne immédiatement

∣tr⁡(AB∗)∣≤tr⁡(AA∗)tr⁡(BB∗).|\operatorname{tr}(AB^*)|\le\sqrt{\operatorname{tr}(AA^*)}\sqrt{\operatorname{tr}(BB^*)}.

Pour les fonctions continues sur [a,b][a,b], avec a<ba<b, le produit peut être une intégrale : ⟨f,g⟩=∫abf(t)g(t)‾ dt\langle f,g\rangle=\int_a^b f(t)\overline{g(t)}\,dt. L’intégrale prend ici le rôle de l’addition des positions. Les règles de linéarité et de conjugaison sont les mêmes.

La quantité ∫ab∣f(t)∣2dt\int_a^b|f(t)|^2dt vaut zéro seulement pour la fonction nulle, car une fonction continue non nulle en un point reste non nulle sur un petit intervalle autour. Elle y apporte une contribution positive. On dispose donc d’un vrai produit scalaire, et Cauchy–Schwarz donne

∣∫abf(t)g(t)‾ dt∣2≤(∫ab∣f(t)∣2dt)(∫ab∣g(t)∣2dt).\left|\int_a^b f(t)\overline{g(t)}\,dt\right|^2\le\left(\int_a^b|f(t)|^2dt\right)\left(\int_a^b|g(t)|^2dt\right).

Pour une preuve de ce type, le travail principal est de reconnaître quels sont les deux objets dont l’expression est le produit scalaire. L’inégalité s’applique ensuite avec leurs normes.

17. Construire des directions perpendiculaires et projeter

17.1 Trouver la partie d’un vecteur qui suit une direction#

Soit u=(1,2)u=(1,2), et cherchons le point de sa droite le plus proche de b=(3,1)b=(3,1). Un point de cette droite a la forme cucu, pour un nombre cc. Au point le plus proche, le déplacement restant b−cub-cu est perpendiculaire à la droite.

On impose donc ⟨b−cu,u⟩=0\langle b-cu,u\rangle=0. En développant le premier argument, on obtient ⟨b,u⟩−c⟨u,u⟩=0\langle b,u\rangle-c\langle u,u\rangle=0. Comme u≠0u\ne0, on peut diviser :

c=⟨b,u⟩∥u∥2.c=\frac{\langle b,u\rangle}{\|u\|^2}.

Ici, ⟨b,u⟩=3+2=5\langle b,u\rangle=3+2=5 et ∥u∥2=1+4=5\|u\|^2=1+4=5. Donc c=1c=1, le point cherché est p=(1,2)p=(1,2), et le déplacement restant est r=b−p=(2,−1)r=b-p=(2,-1). Le contrôle ⟨r,u⟩=2−2=0\langle r,u\rangle=2-2=0 confirme l’angle droit.

Le vecteur pp s’appelle la projection orthogonale de bb sur la droite. Le reste rr est le résidu. La distance à la droite est sa norme, ici 5\sqrt5.

0partie p sur la droitebreste r = b − pla droite
La projection conserve la partie dans la direction choisie. Le résidu est perpendiculaire à cette direction.

17.2 Pourquoi l’angle droit donne le point le plus proche#

Si ss est un autre point de la droite, le déplacement de bb à ss est la somme du résidu b−pb-p et du déplacement p−sp-s sur la droite. Ces deux parties sont orthogonales. Pythagore donne

∥b−s∥2=∥b−p∥2+∥p−s∥2.\|b-s\|^2=\|b-p\|^2+\|p-s\|^2.

Le second terme ne peut être négatif. Il vaut zéro seulement si s=ps=p. La distance est donc minimale uniquement au point projeté. Ce raisonnement fonctionne aussi pour un plan ou n’importe quel sous-espace de dimension finie.

17.3 Des vecteurs perpendiculaires de longueur 1#

Si l’on divise un vecteur non nul par sa propre norme, on obtient une longueur 1. Cette opération s’appelle normaliser le vecteur. Par exemple, (1,1,0)(1,1,0) a norme 2\sqrt2, donc (1,1,0)/2(1,1,0)/\sqrt2 a norme 1.

Une famille de vecteurs deux à deux orthogonaux et tous de norme 1 s’appelle une famille orthonormée. Dans une telle famille, la projection sur une direction qq se simplifie en ⟨b,q⟩q\langle b,q\rangle q, puisque le dénominateur ∥q∥2\|q\|^2 vaut 1.

17.4 Gram–Schmidt : retirer les parties déjà présentes#

Partons de deux vecteurs indépendants, v1=(1,1,0)v_1=(1,1,0), v2=(1,0,1)v_2=(1,0,1). Ils ne sont pas perpendiculaires, car leur produit scalaire vaut 1. Nous voulons construire deux directions perpendiculaires qui engendrent le même plan.

D’abord, normalisons le premier : q1=(1,1,0)/2q_1=(1,1,0)/\sqrt2. La partie de v2v_2 dans cette direction vaut ⟨v2,q1⟩q1\langle v_2,q_1\rangle q_1. Le coefficient est 1/21/\sqrt2. On retire donc

12q1=12(1,1,0)\frac1{\sqrt2}q_1=\frac12(1,1,0)

à v2v_2. Le reste est u2=(1/2,−1/2,1)u_2=(1/2,-1/2,1). Il est orthogonal à q1q_1, car 1/2−1/2=01/2-1/2=0 dans le produit scalaire. Sa norme au carré vaut 1/4+1/4+1=3/21/4+1/4+1=3/2. En normalisant, on obtient

q2=16(1,−1,2).q_2=\frac1{\sqrt6}(1,-1,2).

Les deux vecteurs q1,q2q_1,q_2 sont de norme 1 et perpendiculaires. Ils décrivent le même plan : nous avons seulement retiré au deuxième vecteur un multiple du premier, puis multiplié les deux par des nombres non nuls.

Ce procédé est la méthode de Gram–Schmidt. Avec davantage de vecteurs, on retire à chaque nouveau vecteur sa projection sur chaque direction déjà construite, puis on normalise le reste.

Effectuer Gram–Schmidt

  1. Normaliser le premier vecteur non nul.
  2. Prendre le vecteur suivant et calculer sa projection sur chaque direction orthonormée déjà obtenue.
  3. Soustraire toutes ces projections.
  4. Si le reste est nul, le vecteur n’ajoutait aucune direction : on ne peut pas le normaliser.
  5. Sinon, diviser le reste par sa norme.
  6. Contrôler les normes et les produits scalaires avec les directions précédentes.

17.5 Projeter sur plusieurs directions#

Si q1,q2q_1,q_2 forment une base orthonormée d’un plan, on peut y conserver les deux composantes de bb :

p=⟨b,q1⟩q1+⟨b,q2⟩q2.p=\langle b,q_1\rangle q_1+\langle b,q_2\rangle q_2.

Le reste b−pb-p est orthogonal aux deux directions, donc à toutes leurs combinaisons, c’est-à-dire au plan entier. Le même raisonnement avec Pythagore montre que pp est le point du plan le plus proche de bb.

Calcul sur le plan de Gram–Schmidt

Pour b=(1,2,0)b=(1,2,0), on trouve ⟨b,q1⟩=3/2\langle b,q_1\rangle=3/\sqrt2, ⟨b,q2⟩=−1/6\langle b,q_2\rangle=-1/\sqrt6. La projection est

p=32(1,1,0)−16(1,−1,2)=(4/3,5/3,−1/3).p=\frac32(1,1,0)-\frac16(1,-1,2)=(4/3,5/3,-1/3).

Le résidu vaut (−1/3,1/3,1/3)(-1/3,1/3,1/3). Ses produits scalaires avec les deux vecteurs de départ v1,v2v_1,v_2 valent zéro. Il est donc orthogonal au plan. La distance est 1/3\sqrt{1/3}.

17.6 QR : enregistrer le calcul dans deux matrices#

Mettons les vecteurs de départ en colonnes d’une matrice VV, et les vecteurs orthonormés obtenus en colonnes d’une matrice QQ. Chacun des vecteurs de départ s’écrit avec les directions construites jusqu’à son étape. Les coefficients peuvent être placés dans une matrice triangulaire RR. On a alors V=QRV=QR.

Dans notre exemple, v1=2q1v_1=\sqrt2q_1 et v2=(1/2)q1+3/2q2v_2=(1/\sqrt2)q_1+\sqrt{3/2}q_2. La matrice des coefficients est donc

R=(21/203/2).R=\begin{pmatrix}\sqrt2&1/\sqrt2\\0&\sqrt{3/2}\end{pmatrix}.

On appelle cette écriture une factorisation QR : une décomposition d’une matrice en produit de deux matrices ayant ces propriétés. Les colonnes de QQ étant orthonormées, Q∗Q=IQ^*Q=I. La projection sur leur espace s’écrit p=QQ∗bp=QQ^*b.

Complément pratique : ajuster une sortie au mieux

Si les colonnes d’une matrice CC sont libres mais pas orthonormées, une sortie dans leur espace s’écrit CcCc. Pour que ce soit la projection de bb, on impose que b−Ccb-Cc soit orthogonal à chaque colonne. Cela s’écrit C∗(b−Cc)=0C^*(b-Cc)=0, donc

C∗Cc=C∗b.C^*Cc=C^*b.

Ce sont les équations normales. Elles donnent le choix de cc qui rend la distance ∥Cc−b∥\|Cc-b\| minimale. On appelle ce problème les moindres carrés, parce que le carré de cette norme est une somme de carrés d’erreurs.

Si C=QRC=QR, le calcul revient à résoudre Rc=Q∗bRc=Q^*b. C’est un système triangulaire. En calcul numérique, cette méthode est généralement préférable à former C∗CC^*C, qui peut augmenter la sensibilité aux erreurs d’arrondi.

18. Toutes les directions perpendiculaires à un sous-espace

18.1 Le complément orthogonal#

Pour un plan de R3\mathbb R^3 passant par zéro, les vecteurs perpendiculaires au plan forment une droite. Plus généralement, l’ensemble des vecteurs orthogonaux à tous les vecteurs d’un ensemble SS s’appelle son complément orthogonal. On le note S⊥S^\perp.

Si SS est engendré par u,vu,v, il suffit d’être orthogonal à uu et à vv : le produit scalaire avec une combinaison se développe et reste nul. Pour calculer S⊥S^\perp, on écrit donc une équation de produit nul pour chaque générateur et on résout le système.

Deux équations pour une direction perpendiculaire

Le plan engendré par (1,0,1)(1,0,1) et (0,1,1)(0,1,1) a pour vecteurs perpendiculaires les (a,b,c)(a,b,c) qui vérifient a+c=0a+c=0 et b+c=0b+c=0. Ils s’écrivent t(−1,−1,1)t(-1,-1,1). Le complément orthogonal est donc la droite engendrée par (−1,−1,1)(-1,-1,1).

Pour un sous-espace SS de Rn\mathbb R^n ou Cn\mathbb C^n, la dimension de S⊥S^\perp vaut n−dim⁡Sn-\dim S. On peut le voir en complétant une base orthonormée de SS en une base orthonormée de tout l’espace : les nouvelles directions décrivent exactement ce qui lui est perpendiculaire.

Tout vecteur se décompose de façon unique en sa projection dans SS et un reste dans S⊥S^\perp. Reprendre le complément orthogonal une deuxième fois redonne SS. Si l’ensemble initial n’était pas déjà un sous-espace, cela redonne son espace engendré.

18.2 Lien avec les colonnes d’une matrice#

Si les colonnes de CC engendrent SS, être orthogonal à chacune revient à résoudre C∗y=0C^*y=0. Ainsi, S⊥=ker⁡C∗S^\perp=\ker C^*. Pour une matrice AA, cela donne

(Im⁡A)⊥=ker⁡A∗,Im⁡A=(ker⁡A∗)⊥.(\operatorname{Im}A)^\perp=\ker A^*,\qquad \operatorname{Im}A=(\ker A^*)^\perp.

La deuxième égalité dit que les sorties possibles sont exactement les vecteurs orthogonaux à toutes les directions que l’adjoint envoie sur zéro. Cette phrase fournit une autre façon de décider si un système a une solution.

18.3 Prouver qu’un système est impossible sans le résoudre#

Si Ax=bAx=b était vrai et si A∗y=0A^*y=0, alors multiplier par y∗y^* donnerait y∗b=y∗Ax=0y^*b=y^*Ax=0. Trouver un yy qui vérifie A∗y=0A^*y=0 mais y∗b≠0y^*b\ne0 prouve donc l’impossibilité.

Retrouver une soustraction d’équations

Prenons A=(1224)A=\begin{pmatrix}1&2\\2&4\end{pmatrix}, b=(1,3)b=(1,3), et y=(−2,1)y=(-2,1). Le produit ATyA^Ty vaut zéro. Mais yTb=−2×1+1×3=1y^Tb=-2\times1+1\times3=1. Ce calcul est la combinaison « deuxième équation moins deux fois la première ». Les membres de gauche s’annulent et les nombres de droite donnent 1 : on obtiendrait 0=10=1.

Le vecteur yy est une preuve calculable de l’impossibilité, appelée un certificat d’incompatibilité. Le résultat général porte le nom d’alternative de Fredholm : soit le système possède une solution, soit un tel vecteur existe, et jamais les deux. La raison de la réciproque est l’égalité entre l’image et le complément du noyau de l’adjoint, écrite plus haut.

19. Découper une matrice en morceaux utiles

19.1 Sous-matrices et mineurs#

Dans une matrice, on peut ne conserver que certaines lignes et certaines colonnes. Le tableau obtenu est une sous-matrice. Par exemple, dans (123456789)\begin{pmatrix}1&2&3\\4&5&6\\7&8&9\end{pmatrix}, garder les lignes 1 et 3 et les colonnes 2 et 3 donne (2389)\begin{pmatrix}2&3\\8&9\end{pmatrix}.

Si la sous-matrice est carrée, son déterminant est un mineur de la matrice initiale. L’ordre du mineur est sa taille. Lorsque l’on conserve les mêmes numéros de lignes et de colonnes, on parle de sous-matrice ou de mineur principal. Si ce sont les premiers numéros, le terme est « principal initial » ; avec les derniers, « principal final ».

Le rang peut aussi être reconnu par les mineurs : un mineur non nul d’ordre kk montre qu’il existe au moins kk directions indépendantes. Le rang est la plus grande taille possible d’un mineur non nul. Il faut considérer les mineurs en général, pas seulement les principaux : la matrice (0100)\begin{pmatrix}0&1\\0&0\end{pmatrix} a rang 1 malgré ses deux entrées diagonales nulles.

19.2 Des groupes de coordonnées peuvent être traités ensemble#

On peut aussi découper toutes les lignes et colonnes en groupes. Chaque petit rectangle obtenu s’appelle un bloc. Dans (ABCD)\begin{pmatrix}A&B\\C&D\end{pmatrix}, les quatre lettres représentent alors des matrices, pas forcément des nombres.

Le produit suit toujours la règle ligne–colonne, en conservant l’ordre des facteurs :

(ABCD)(EFGH)=(AE+BGAF+BHCE+DGCF+DH).\begin{pmatrix}A&B\\C&D\end{pmatrix}\begin{pmatrix}E&F\\G&H\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}AE+BG&AF+BH\\CE+DG&CF+DH\end{pmatrix}.

Chaque produit doit avoir une taille compatible, et les deux termes d’une somme doivent avoir la même taille. C’est pourquoi écrire la taille à côté des blocs est souvent la meilleure première étape. Les lettres étant des matrices, on ne peut pas les permuter comme des nombres.

19.3 Reconnaître des groupes indépendants#

Si tous les blocs hors de la diagonale sont nuls, chaque groupe d’entrée produit sa sortie sans interagir avec les autres. On parle de matrice diagonale par blocs, notée aussi A1⊕⋯⊕AkA_1\oplus\cdots\oplus A_k. Son rang est la somme des rangs des blocs, son déterminant le produit de leurs déterminants et son inverse, lorsqu’il existe, est formé des inverses de chaque bloc sur la diagonale.

Si seuls les blocs sous la diagonale sont nuls, la matrice est triangulaire par blocs. Avec des blocs diagonaux carrés, son déterminant est encore le produit de leurs déterminants. On résout les équations du bas en premier, puis on remonte, comme pour des inconnues individuelles.

Complément : Gauss sur tout un bloc, le complément de Schur

Considérons les deux équations de blocs Ax+By=fAx+By=f, Cx+Dy=gCx+Dy=g, où AA est inversible. La première donne x=A−1(f−By)x=A^{-1}(f-By). En la remplaçant dans la seconde, on trouve

(D−CA−1B)y=g−CA−1f.(D-CA^{-1}B)y=g-CA^{-1}f.

La matrice S=D−CA−1BS=D-CA^{-1}B s’appelle le complément de Schur. Elle enregistre exactement ce qu’il reste après avoir éliminé le groupe d’inconnues xx. On résout d’abord cette équation pour yy, puis on revient à la première pour xx.

Pour M=(201011113)M=\begin{pmatrix}2&0&1\\0&1&1\\1&1&3\end{pmatrix} et le second membre (1,0,2)(1,0,2), prenons A=diag⁡(2,1)A=\operatorname{diag}(2,1), B=(1,1)TB=(1,1)^T, C=(1,1)C=(1,1), D=3D=3. La notation diag⁡(2,1)\operatorname{diag}(2,1) signifie la matrice diagonale ayant ces deux nombres sur sa diagonale. Alors S=3−(1/2+1)=3/2S=3-(1/2+1)=3/2. L’équation restante est (3/2)y=2−1/2(3/2)y=2-1/2, donc y=1y=1. La première donne x=(0,−1)x=(0,-1). On vérifie M(0,−1,1)T=(1,0,2)TM(0,-1,1)^T=(1,0,2)^T.

L’élimination par blocs donne aussi det⁡M=det⁡Adet⁡S\det M=\det A\det S. Dans cet exemple, le déterminant vaut 2×3/2=32\times3/2=3. En général, lorsque AA est inversible, la matrice complète est inversible exactement lorsque SS l’est. Les expressions avec A−1A^{-1} peuvent se calculer en résolvant des systèmes, sans former explicitement l’inverse.

Ce complément développe le calcul par blocs. La section 0.8 du PDF elle-même est marquée « Skip » ; elle ne contient pas une leçon supplémentaire à reconstruire.

20. Reconnaître une structure qui simplifie le calcul

20.1 Diagonales et triangulaires#

Une matrice diagonale a des zéros partout en dehors de sa diagonale. Elle multiplie séparément chaque coordonnée. Avec D=diag⁡(2,3)D=\operatorname{diag}(2,3), on a D(x,y)=(2x,3y)D(x,y)=(2x,3y). Son rang est le nombre de coefficients diagonaux non nuls, son déterminant leur produit, et l’inverse remplace chaque coefficient par son inverse.

Si tous les coefficients diagonaux sont égaux à un nombre aa, la matrice est aIaI. On la nomme matrice scalaire parce qu’elle agit comme la multiplication du vecteur entier par aa.

Une matrice triangulaire supérieure a des zéros sous la diagonale ; une triangulaire inférieure en a au-dessus. « Strictement triangulaire » demande aussi des zéros sur la diagonale. « Triangulaire unité » indique au contraire que tous les coefficients diagonaux valent 1. Ces noms disent quelles entrées sont imposées : il faut les lire avant de commencer un calcul général.

Une matrice strictement triangulaire n×nn\times n, notée NN, vérifie Nn=0N^n=0. Chaque multiplication déplace encore les positions où une entrée non nulle peut subsister, jusqu’à sortir du tableau. On dit qu’elle est nilpotente. La somme finie I+N+⋯+Nn−1I+N+\cdots+N^{n-1} est alors l’inverse de I−NI-N, car multiplier les deux fait tout s’annuler sauf I−Nn=II-N^n=I.

20.2 Symétriques et hermitiennes#

Une matrice symétrique est égale à sa transposée. Les entrées se reflètent autour de la diagonale : (2553)\begin{pmatrix}2&5\\5&3\end{pmatrix} est symétrique. On écrit AT=AA^T=A.

Une matrice complexe hermitienne est égale à son adjoint : A∗=AA^*=A. Le reflet s’accompagne alors de la conjugaison. Par exemple, (21+i1−i3)\begin{pmatrix}2&1+i\\1-i&3\end{pmatrix} est hermitienne. Ses entrées diagonales sont réelles parce qu’elles doivent être égales à leur propre conjugué.

Pour une matrice réelle, ces deux notions coïncident. Pour une matrice complexe, une transposée et un adjoint sont différents : il faut utiliser la définition demandée, pas seulement la ressemblance du tableau.

20.3 Orthogonales et unitaires : préserver les longueurs#

Si les colonnes d’une matrice réelle carrée QQ forment une base orthonormée, alors QTQ=IQ^TQ=I. On dit que QQ est une matrice orthogonale. Son inverse est immédiatement QTQ^T. Une rotation du plan en est un exemple.

Avec des entrées complexes, la condition correspondante est U∗U=IU^*U=I. La matrice est dite unitaire et son inverse vaut U∗U^*. Elle conserve les produits scalaires, car

⟨Ux,Uy⟩=y∗U∗Ux=y∗x=⟨x,y⟩.\langle Ux,Uy\rangle=y^*U^*Ux=y^*x=\langle x,y\rangle.

Elle conserve donc les longueurs et l’orthogonalité. La formule du déterminant appliquée à U∗U=IU^*U=I donne ∣det⁡U∣=1|\det U|=1. Pour une matrice orthogonale réelle, le déterminant vaut 1 ou −1.

Une matrice rectangulaire à colonnes orthonormées vérifie aussi Q∗Q=IQ^*Q=I, mais QQ∗QQ^* est alors une projection sur leur espace, comme nous l’avons vu dans QR. Les termes « orthogonale » et « unitaire » sont réservés ici aux matrices carrées.

20.4 Normales : comparer deux produits#

Une matrice carrée est normale si les deux produits A∗AA^*A et AA∗AA^* sont égaux. Le nom est une définition précise, pas un jugement sur l’apparence de la matrice.

Une hermitienne est normale parce que les deux produits valent A2A^2. Une unitaire est normale parce que les deux produits valent II. Une matrice diagonale complexe quelconque est aussi normale. En revanche, pour A=(1101)A=\begin{pmatrix}1&1\\0&1\end{pmatrix}, les deux produits sont (1112)\begin{pmatrix}1&1\\1&2\end{pmatrix} et (2111)\begin{pmatrix}2&1\\1&1\end{pmatrix}, qui sont différents.

Les autres noms de matrices utilisés dans les diapositives

Une matrice antisymétrique vérifie AT=−AA^T=-A. Les entrées diagonales doivent donc vérifier a=−aa=-a, ce qui les rend nulles sur les réels ou les complexes. Une matrice antihermitienne vérifie A∗=−AA^*=-A. Sa diagonale doit être égale à l’opposé de son conjugué : elle est purement imaginaire, pas forcément nulle. La matrice iIiI en est un exemple.

Toute matrice carrée complexe peut se décomposer en A=H+iKA=H+iK, où H=(A+A∗)/2H=(A+A^*)/2 et K=(A−A∗)/(2i)K=(A-A^*)/(2i) sont hermitiennes. Cette décomposition ressemble à la séparation d’un complexe en parties réelle et imaginaire.

Le support dit qu’une matrice est essentiellement hermitienne si la multiplier par un certain nombre complexe eiθ=cos⁡θ+isin⁡θe^{i\theta}=\cos\theta+i\sin\theta, de module 1, la rend hermitienne. On corrige ainsi une même rotation complexe pour toutes ses entrées. La condition équivalente est A∗=e2iθAA^*=e^{2i\theta}A, obtenue en écrivant l’égalité avec l’adjoint après la multiplication.

Une diagonale positive contient des nombres réels strictement positifs. Ce terme ne signifie pas qu’une matrice quelconque à diagonale positive est « définie positive ». Cette dernière propriété, pour une hermitienne, exige x∗Ax>0x^*Ax>0 pour tout x≠0x\ne0. La matrice (1221)\begin{pmatrix}1&2\\2&1\end{pmatrix} a une diagonale positive mais donne xTAx=−2x^TAx=-2 pour x=(1,−1)x=(1,-1). Le calcul sur tous les vecteurs est une exigence plus forte.

20.5 Vandermonde : retrouver un polynôme à partir de ses valeurs#

Cherchons un polynôme p(X)=a+bX+cX2p(X)=a+bX+cX^2 qui vérifie p(−1)=2p(-1)=2, p(0)=1p(0)=1 et p(1)=4p(1)=4. Ces demandes sont trois équations sur ses coefficients :

a−b+c=2,a=1,a+b+c=4.a-b+c=2,\qquad a=1,\qquad a+b+c=4.

La deuxième fixe aa. Les deux autres deviennent −b+c=1-b+c=1 et b+c=3b+c=3. On trouve c=2,b=1c=2,b=1, donc p(X)=1+X+2X2p(X)=1+X+2X^2. La vérification consiste à retrouver les trois valeurs demandées.

Le tableau de ce système est (1−11100111)\begin{pmatrix}1&-1&1\\1&0&0\\1&1&1\end{pmatrix}. Chaque ligne est construite à partir du point où l’on évalue le polynôme : 1,t,t21,t,t^2. C’est une matrice de Vandermonde. Avec nn points, on utilise les puissances de 0 à n−1n-1.

Si les points sont distincts, cette matrice est inversible : il existe un unique polynôme de degré au plus n−1n-1 qui prend les nn valeurs imposées. Cette reconstruction s’appelle l’interpolation. La raison de l’unicité est simple : la différence de deux solutions aurait nn racines distinctes tout en ayant un degré au plus n−1n-1, ce qui oblige cette différence à être nulle.

La formule du déterminant de Vandermonde

Avec les points t1,…,tnt_1,\ldots,t_n et la ligne ii égale à (1,ti,…,tin−1)(1,t_i,\ldots,t_i^{n-1}), on a

det⁡V=∏i<j(tj−ti).\det V=\prod_{i<j}(t_j-t_i).

Le symbole ∏\prod demande de multiplier tous les facteurs indiqués, un pour chaque paire i<ji<j. Si deux points coïncident, deux lignes deviennent égales et un facteur s’annule.

Pour comprendre toute la formule, on considère le déterminant comme un polynôme des points. Il s’annule lorsque deux points coïncident, donc chaque différence tj−tit_j-t_i en est un facteur. Le degré total est exactement celui du produit annoncé : 0+1+⋯+(n−1)0+1+\cdots+(n-1). Il ne reste donc qu’un facteur constant, égal à 1 en comparant le terme t2t32⋯tnn−1t_2t_3^2\cdots t_n^{n-1}. La formule confirme l’inversibilité exactement pour des points distincts.

20.6 Lagrange : construire un polynôme qui choisit une seule valeur#

Pour les points −1, 0 et 1, construisons d’abord un polynôme qui vaut 1 en −1 et zéro aux deux autres points. Il doit comporter les facteurs XX et X−1X-1. Leur produit vaut 2 en −1 ; on le divise donc par 2 :

L−1(X)=X(X−1)2.L_{-1}(X)=\frac{X(X-1)}2.

De la même manière, L0(X)=1−X2L_0(X)=1-X^2 vaut 1 en 0 et zéro en ±1, et L1(X)=X(X+1)/2L_1(X)=X(X+1)/2 choisit le point 1. Pour obtenir les valeurs 2, 1 et 4, on prend

p=2L−1+1L0+4L1=1+X+2X2.p=2L_{-1}+1L_0+4L_1=1+X+2X^2.

À chaque point, un seul terme survit. C’est la construction de Lagrange. En général, pour des points distincts tit_i, on construit Li(X)L_i(X) en multipliant les facteurs (X−tj)/(ti−tj)(X-t_j)/(t_i-t_j) pour tous les j≠ij\ne i. Puis on additionne les yiLiy_iL_i, où yiy_i est la valeur demandée au point tit_i. On obtient ainsi la solution sans résoudre les coefficients dans la base des puissances.

21. Changer les coordonnées sans changer le vecteur

21.1 Une matrice reconstruit le vecteur#

Dans la base B=((1,1),(1,−1))\mathcal B=((1,1),(1,-1)), les coordonnées de w=(3,1)w=(3,1) étaient (2,1)(2,1), car w=2(1,1)+(1,−1)w=2(1,1)+(1,-1). Mettons les vecteurs de base en colonnes de la matrice SS. Cette reconstruction devient

S(21)=(31),S=(111−1).S\begin{pmatrix}2\\1\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}3\\1\end{pmatrix},\qquad S=\begin{pmatrix}1&1\\1&-1\end{pmatrix}.

En écriture générale, w=S[w]Bw=S[w]_{\mathcal B}. La matrice SS transforme les coefficients dans la base en coordonnées de départ. Pour aller dans l’autre sens, on résout ce système ou on utilise l’inverse : [w]B=S−1w[w]_{\mathcal B}=S^{-1}w.

21.2 Passer d’une base à une autre#

Si une deuxième base a ses vecteurs dans les colonnes d’une matrice CC, le même vecteur vérifie w=S[w]B=C[w]Cw=S[w]_{\mathcal B}=C[w]_{\mathcal C}. On en déduit

[w]C=C−1S[w]B.[w]_{\mathcal C}=C^{-1}S[w]_{\mathcal B}.

La matrice C−1SC^{-1}S convertit donc les coordonnées dans B\mathcal B vers celles dans C\mathcal C. Sa colonne numéro jj contient les coordonnées du vecteur numéro jj de B\mathcal B dans C\mathcal C. Ce sont deux moyens de la construire.

Les usages de l’expression « matrice de passage » varient selon les cours. Pour éviter de choisir l’inverse par erreur, il faut écrire l’égalité qui dit ce que la matrice fait. Ici, une flèche C←B\mathcal C\leftarrow\mathcal B signifie explicitement que les coordonnées de départ sont celles dans B\mathcal B.

21.3 Changer aussi la matrice d’une application#

Une application linéaire d’un espace dans lui-même s’appelle un endomorphisme. Soit AA sa matrice dans les coordonnées de départ. Nous voulons l’appliquer à une entrée donnée par ses coordonnées dans B\mathcal B.

Il faut faire trois choses dans l’ordre : reconstruire l’entrée avec SS, appliquer la transformation avec AA, puis convertir la sortie avec S−1S^{-1}. La matrice dans la nouvelle base est donc

AB=S−1AS.A_{\mathcal B}=S^{-1}AS.

La formule vient du trajet des coordonnées. Chaque facteur a un rôle qui permet de retrouver sa place.

La nouvelle base rend le calcul plus simple

Pour A=(3113)A=\begin{pmatrix}3&1\\1&3\end{pmatrix}, la sortie du vecteur u=(1,1)u=(1,1) est (4,4)=4u(4,4)=4u. La sortie de v=(1,−1)v=(1,-1) est (2,−2)=2v(2,-2)=2v. Dans la base (u,v)(u,v), les colonnes des sorties sont donc (4,0)(4,0) et (0,2)(0,2). Ainsi,

S−1AS=(4002).S^{-1}AS=\begin{pmatrix}4&0\\0&2\end{pmatrix}.

Pour w=(3,1)w=(3,1), les nouvelles coordonnées sont (2,1)(2,1). Elles deviennent (8,2)(8,2), puis la reconstruction donne 8u+2v=(10,6)8u+2v=(10,6). Le produit direct AwAw donne la même sortie.

Un vecteur non nul qui devient un multiple de lui-même s’appelle un vecteur propre. Le multiplicateur est sa valeur propre. Dans cet exemple, les deux vecteurs de base ont cette propriété, ce qui rend la matrice diagonale. On dit qu’on a diagonalisé la matrice. Toute matrice ne possède pas une telle base ; la théorie générale vient après ce chapitre du PDF.

La valeur propre 0 correspondrait à un vecteur non nul envoyé sur zéro. Ainsi, dire que 0 n’est pas valeur propre d’une matrice carrée est encore une manière de dire que son noyau est nul et qu’elle est inversible.

21.4 Deux bases indépendantes et bases orthonormées#

Pour une application entre deux espaces, on peut choisir une nouvelle base différente au départ et à l’arrivée. Si SS reconstruit les entrées et RR reconstruit les sorties, le même trajet donne la matrice R−1ASR^{-1}AS. On ne peut utiliser le même facteur des deux côtés que lorsque le choix des bases le demande.

Si la nouvelle base est orthonormée, sa matrice SS est unitaire : S−1=S∗S^{-1}=S^*. Les conversions et le changement de matrice se simplifient en S∗wS^*w et S∗ASS^*AS. Pour une base quelconque, remplacer l’inverse par l’adjoint serait une erreur.

22. Dans quel sens deux matrices décrivent-elles la même chose ?

22.1 Même rang : deux changements indépendants sont permis#

Une matrice décrit une application avec un choix de base au départ et à l’arrivée. Si l’on autorise les deux choix à changer indépendamment, la matrice devient PAQPAQ, avec P,QP,Q inversibles. Deux matrices de même taille qui se relient ainsi sont dites équivalentes.

Dans ce sens précis, elles sont équivalentes exactement lorsqu’elles ont le même rang. En choisissant d’abord des directions d’entrée qui donnent une base de l’image, puis une base du noyau, on fait apparaître une partie identité et une partie nulle. Le nombre de positions de l’identité est le rang ; c’est tout ce qui reste de la matrice après ces changements indépendants.

22.2 Même transformation dans une autre base : la similitude#

Si l’on décrit un même endomorphisme dans une autre base, les facteurs sont liés : B=S−1ASB=S^{-1}AS. On dit alors que les matrices sont semblables, et que la relation est la similitude.

Le rang reste le même, mais aussi la trace, le déterminant et les valeurs propres. Ces quantités conservées s’appellent des invariants. Si l’une diffère, les matrices ne sont pas semblables. Par exemple, I2I_2 et 2I22I_2 ont le même rang, mais des traces 2 et 4 : elles sont équivalentes, sans être semblables.

Des invariants égaux ne prouvent pas toujours que les matrices sont semblables. I2I_2 et (1101)\begin{pmatrix}1&1\\0&1\end{pmatrix} ont même rang, même trace et même déterminant. Pourtant, S−1I2S=I2S^{-1}I_2S=I_2 pour toute matrice inversible SS. On ne peut donc pas obtenir la seconde par ce changement.

Le polynôme caractéristique est det⁡(λI−A)\det(\lambda I-A), vu comme un polynôme de la variable λ\lambda. Ses racines sont les valeurs propres. Sous similitude, λI−B=S−1(λI−A)S\lambda I-B=S^{-1}(\lambda I-A)S ; la règle du déterminant montre donc que ce polynôme reste le même.

22.3 Même expression quadratique : la congruence#

Considérons maintenant une expression telle que q(x)=2x12+2x1x2+3x22q(x)=2x_1^2+2x_1x_2+3x_2^2. Elle peut s’écrire xTAxx^TAx, avec A=(2113)A=\begin{pmatrix}2&1\\1&3\end{pmatrix}. Une expression de cette forme s’appelle une forme quadratique.

Si les anciennes coordonnées sont x=Syx=Sy, remplacer dans l’expression donne

q(Sy)=(Sy)TA(Sy)=yT(STAS)y.q(Sy)=(Sy)^TA(Sy)=y^T(S^TAS)y.

La matrice de la forme devient donc STASS^TAS. Ce changement se nomme une congruence. Il vient du fait que les coordonnées apparaissent deux fois dans l’expression, une fois à gauche et une fois à droite. La similitude, elle, décrivait une entrée transformée en une sortie.

Pour des complexes et une expression x∗Axx^*Ax, le même remplacement donne S∗ASS^*AS. On parle de *-congruence. Elle conserve notamment le caractère hermitien et la positivité : y∗S∗ASy=(Sy)∗A(Sy)y^*S^*ASy=(Sy)^*A(Sy). Pour des matrices symétriques réelles, la congruence conserve aussi les nombres de directions où la forme est positive, négative et nulle ; c’est le contenu de la loi d’inertie, évoqué ici seulement pour distinguer ses invariants de ceux de la similitude.

22.4 Pourquoi ces relations regroupent les matrices en classes#

Une matrice est semblable à elle-même : prendre S=IS=I. Si BB est semblable à AA, utiliser le changement inverse permet de revenir à AA. Et si l’on fait deux changements de base successifs, leur produit fournit un seul changement qui les réunit. On nomme ces trois propriétés réflexivité, symétrie et transitivité.

Une relation qui possède ces propriétés s’appelle une relation d’équivalence. Elle répartit les matrices en groupes, les classes : à l’intérieur d’un groupe, toutes se relient par le type de changement autorisé. La section 0.11 du PDF liste plusieurs choix de changements. Leur nom doit toujours être lu avec la formule qui le définit.

Les autres relations du tableau du PDF, expliquées une à une

Dans les formules suivantes, tous les facteurs sont inversibles et de taille appropriée. Une similitude unitaire restreint le changement de base à une base orthonormée : B=U∗AUB=U^*AU, avec UU unitaire. Elle préserve donc aussi les produits scalaires, les longueurs et le caractère hermitien.

L’équivalence unitaire autorise deux changements orthonormés indépendants : B=UAVB=UAV, avec U,VU,V unitaires. Écrire V∗V^* à droite décrit la même relation, car l’adjoint d’une unitaire est encore unitaire. La norme de Frobenius est conservée.

L’équivalence diagonale est B=D1AD2B=D_1AD_2, avec deux diagonales inversibles. La multiplication à gauche change l’échelle des lignes ; celle à droite change l’échelle des colonnes. L’équivalence triangulaire, B=LARB=LAR, impose un facteur triangulaire inférieur à gauche et supérieur à droite.

La T-congruence unitaire utilise B=UTAUB=U^TAU, avec UU unitaire. La transposée dans cette formule est bien une transposée, même si les entrées sont complexes. C’est la congruence avec une restriction sur le facteur, pas la *-congruence.

Enfin, une application antilinéaire respecte l’addition mais conjugue le nombre qui multiplie une entrée : T(ax)=a‾T(x)T(ax)=\overline aT(x). Elle peut s’écrire T(x)=Ax‾T(x)=A\overline x. Sous le remplacement x=Syx=Sy, les nouvelles coordonnées de sa sortie sont S−1AS‾y‾S^{-1}A\overline S\overline y. Cela définit la consimilitude : B=S−1AS‾B=S^{-1}A\overline S. La conjugaison de SS est donc imposée par la règle de l’application.

Cette dernière relation conserve le rang. De plus, BB‾=S−1AA‾SB\overline B=S^{-1}A\overline A S, donc AA‾A\overline A et BB‾B\overline B sont semblables. Cela donne des invariants supplémentaires. Ces relations spécialisées viennent après les trois cas principaux ; on ne les choisit jamais simplement parce que leurs formules se ressemblent.

23. Approfondissements à lire après le parcours principal

Cette partie complète les résultats plus généraux du PDF. Les explications précédentes suffisent pour commencer les exercices de base. Chaque bloc indique ce qu’il utilise ; tu peux y revenir lorsque la notion correspondante est devenue familière.

A. Pourquoi le choix des nombres autorisés compte

À connaître avant : bases et nombres complexes. Dire « espace vectoriel sur les réels » signifie que les coefficients des combinaisons sont réels. Dire « sur les complexes » autorise les coefficients complexes. Le même ensemble d’objets peut alors avoir une dimension différente.

Un complexe a+iba+ib est un multiple complexe de 1, donc la famille (1)(1) est une base de C\mathbb C lorsque les coefficients sont complexes. Avec des coefficients réels, il faut les deux éléments 1 et ii : a+ib=a⋅1+b⋅ia+ib=a\cdot1+b\cdot i. La dimension est donc 1 sur C\mathbb C, mais 2 sur R\mathbb R. De même, Cn\mathbb C^n a dimension nn sur C\mathbb C et 2n2n sur R\mathbb R.

Le support note souvent F\mathbb F l’ensemble des nombres autorisés. Il s’agit d’un corps : un ensemble où les opérations habituelles sont possibles et où tout nombre non nul possède un inverse multiplicatif. Les rationnels, les réels et les complexes sont des exemples. Les entiers n’en forment pas un, car l’inverse multiplicatif de 2 n’est pas entier. Cette hypothèse permet notamment les divisions par les pivots non nuls dans Gauss.

L’ensemble de tous les polynômes, sans borne commune de degré, est de dimension infinie. Une famille finie ne peut atteindre que des degrés bornés. La liste 1,X,X2,…1,X,X^2,\ldots est une base infinie au sens algébrique : chaque polynôme utilise seulement un nombre fini de termes. Une combinaison linéaire, même issue d’une famille infinie, reste une somme finie.

B. Pourquoi les bases ont toutes la même taille

À connaître avant : liberté et génération. Supposons que v1,…,vnv_1,\ldots,v_n engendrent l’espace et que u1,…,uku_1,\ldots,u_k soient libres. Écrivons u1u_1 avec les vjv_j. Au moins un coefficient est non nul, puisque u1≠0u_1\ne0. On peut isoler le vjv_j correspondant et le remplacer par u1u_1 dans la liste génératrice. Elle continue d’engendrer l’espace.

Pour u2u_2, son écriture dans la nouvelle liste doit utiliser au moins un des anciens vjv_j restants : sinon, u2u_2 serait un multiple de u1u_1, ce qui contredirait la liberté. On remplace donc un nouveau générateur. On recommence. Chaque uiu_i occupe une nouvelle place parmi les nn places de la liste génératrice, donc k≤nk\le n.

Si les deux familles sont des bases, chacune est libre et génératrice. Appliquer la comparaison dans les deux sens impose la même taille. C’est ce qui rend la dimension bien définie.

Cette idée justifie aussi les deux façons de construire une base : supprimer les éléments redondants d’une famille génératrice, ou ajouter à une famille libre des vecteurs qu’elle n’engendre pas encore. Une base est ainsi une famille génératrice minimale et une famille libre maximale, pour ces propriétés précises.

Enfin, une base du noyau complétée en base de l’espace de départ donne une autre preuve de rang–nullité. Les images des vecteurs ajoutés engendrent l’image, et elles sont libres : une relation entre elles correspondrait à une combinaison des vecteurs ajoutés qui appartient au noyau, ce que l’indépendance de la base complète interdit. Le nombre de vecteurs de départ est donc le nombre de vecteurs du noyau plus le nombre de vecteurs nécessaires pour l’image.

C. Réunir des sous-espaces et trouver leur partie commune

À connaître avant : sous-espaces, bases et systèmes. Pour deux sous-espaces U,WU,W, leur intersection, notée U∩WU\cap W, contient les vecteurs qui sont dans les deux. C’est un sous-espace, puisque les combinaisons de vecteurs communs restent dans les deux.

Leur somme, notée U+WU+W, contient tous les u+wu+w, avec u∈Uu\in U, w∈Ww\in W. Elle rassemble toutes les directions des deux sous-espaces. Ce n’est pas seulement leur réunion : la réunion contient les éléments de l’un ou de l’autre, alors que la somme permet aussi de les combiner.

Dans R3\mathbb R^3, prenons U=Vect⁡(e1,e2)U=\operatorname{Vect}(e_1,e_2) et W=Vect⁡(e2,e3)W=\operatorname{Vect}(e_2,e_3), où e1=(1,0,0)e_1=(1,0,0), e2=(0,1,0)e_2=(0,1,0), e3=(0,0,1)e_3=(0,0,1) sont les vecteurs de la base usuelle, appelée base canonique. La partie commune est la droite de e2e_2, mais la somme est tout l’espace. Les dimensions donnent 3=2+2−13=2+2-1.

En général,

dim⁡(U+W)=dim⁡U+dim⁡W−dim⁡(U∩W).\dim(U+W)=\dim U+\dim W-\dim(U\cap W).

On enlève la dimension commune pour ne pas la compter deux fois. Pour le justifier, prendre une base de l’intersection et la compléter dans chaque sous-espace. Réunir la partie commune une fois et les deux compléments donne une base de la somme.

La somme est dite directe si U∩W={0}U\cap W=\{0\}, et s’écrit U⊕WU\oplus W. Chaque vecteur a alors une décomposition unique : si u+w=u′+w′u+w=u'+w', la différence u−u′=w′−wu-u'=w'-w appartient à l’intersection, donc vaut zéro. C’est la situation de SS et S⊥S^\perp.

Pour calculer une somme à partir de bases, réunir leurs colonnes puis en extraire une base avec Gauss. Pour une intersection, écrire les matrices de bases B,CB,C et résoudre Bs=CtBs=Ct, soit le système homogène de matrice [B −C][B\ {-C}]. Les solutions (s,t)(s,t) sont des coefficients ; les vecteurs de l’intersection sont les BsBs correspondants. Il faut revenir à ces vecteurs avant d’annoncer une base.

Avec les compléments orthogonaux, on a aussi (U+W)⊥=U⊥∩W⊥(U+W)^\perp=U^\perp\cap W^\perp : être orthogonal à chaque somme revient à être orthogonal aux deux ensembles séparément. Si Im⁡A=ker⁡X∗\operatorname{Im}A=\ker X^* et Im⁡B=ker⁡Y∗\operatorname{Im}B=\ker Y^*, leur intersection est le noyau de la matrice obtenue en empilant X∗X^* au-dessus de Y∗Y^*. Les deux systèmes de contraintes sont ainsi imposés ensemble.

D. Décomposer une matrice en ses directions utiles

À connaître avant : image, rang et produit matriciel. Reprenons la matrice CC de la partie 11. Ses deux premières colonnes suffisent ; la troisième est leur somme et la quatrième deux fois la première moins la deuxième. On peut donc écrire

C=(102101)(1012011−1).C=\begin{pmatrix}1&0\\2&1\\0&1\end{pmatrix}\begin{pmatrix}1&0&1&2\\0&1&1&-1\end{pmatrix}.

La matrice de droite transforme les quatre nombres d’entrée en deux coefficients utiles. Celle de gauche reconstruit la sortie à partir de ces coefficients. C’est une factorisation de rang. Une matrice de rang rr s’écrit ainsi en passant par un espace intermédiaire de dimension rr, et aucune dimension plus petite ne peut suffire.

Un produit d’une colonne aa par une ligne bTb^T, par exemple (1,2)T(3,4,5)(1,2)^T(3,4,5), donne (3456810)\begin{pmatrix}3&4&5\\6&8&10\end{pmatrix}. Toutes les colonnes sont des multiples de aa, donc le rang est au plus 1. On nomme ce calcul un produit extérieur.

En développant la factorisation selon ses colonnes et lignes, une matrice de rang rr est une somme de rr produits extérieurs non nuls. C’est aussi le plus petit nombre possible de termes de rang 1 : une somme de moins de rr termes ne peut engendrer rr directions. Le cas de la matrice nulle utilise zéro terme.

Avec des changements de base indépendants au départ et à l’arrivée, cette même idée transforme toute matrice de rang rr en un tableau contenant IrI_r en haut à gauche et des zéros ailleurs. Les vecteurs du noyau complètent la base d’entrée ; la base de l’image se complète à l’arrivée. Cette forme explique le critère « même rang si et seulement si équivalence » de la partie 22.

E. Comprendre les inégalités de rang du support

À connaître avant : image, noyau, dimension d’une intersection. Une multiplication par une matrice inversible ne change pas le rang, car on peut annuler cette multiplication. Transposer ou conjuguer ne le change pas non plus. Supprimer des lignes ou des colonnes ne peut pas l’augmenter.

Pour le produit ABAB, la matrice BB produit d’abord son image. Ensuite, AA peut en faire disparaître une partie. La perte est exactement la dimension des vecteurs de Im⁡B\operatorname{Im}B qui sont dans ker⁡A\ker A. Donc

rang⁡(AB)=rang⁡B−dim⁡(Im⁡B∩ker⁡A).\operatorname{rang}(AB)=\operatorname{rang}B-\dim(\operatorname{Im}B\cap\ker A).

Si AA possède pp colonnes et BB possède pp lignes, cette perte est au plus p−rang⁡Ap-\operatorname{rang}A. On obtient l’inégalité de Sylvester :

rang⁡A+rang⁡B−p≤rang⁡(AB)≤min⁡(rang⁡A,rang⁡B).\operatorname{rang}A+\operatorname{rang}B-p\le\operatorname{rang}(AB)\le\min(\operatorname{rang}A,\operatorname{rang}B).

Le symbole min⁡\min désigne le plus petit des deux nombres. Le rang d’un produit n’est pas toujours égal à ce minimum : A=diag⁡(1,0)A=\operatorname{diag}(1,0), B=diag⁡(0,1)B=\operatorname{diag}(0,1) ont chacun rang 1, mais AB=0AB=0, car toute l’image de BB disparaît sous AA.

Pour une somme de matrices de même taille, les sorties sont contenues dans la somme de leurs images. Cela donne la borne supérieure ci-dessous. Appliquer cette borne à A=(A+B)−BA=(A+B)-B, puis échanger A,BA,B, donne la borne inférieure :

∣rang⁡A−rang⁡B∣≤rang⁡(A+B)≤rang⁡A+rang⁡B.|\operatorname{rang}A-\operatorname{rang}B|\le\operatorname{rang}(A+B)\le\operatorname{rang}A+\operatorname{rang}B.

Ajouter une matrice de rang 1 ne peut donc changer le rang que de 1 au maximum. Modifier une seule entrée est un exemple de telle perturbation.

Il y a égalité avec la somme des deux rangs si et seulement si les espaces colonnes de A,BA,B n’ont aucune direction commune non nulle, et si leurs espaces lignes n’en ont pas non plus. Les deux conditions évitent les redondances, du côté des sorties et du côté des coefficients d’entrée. Avec les factorisations de rang A=CARAA=C_AR_A, B=CBRBB=C_BR_B, elles rendent les colonnes de [CA CB][C_A\ C_B] indépendantes et les lignes de (RARB)\binom{R_A}{R_B} indépendantes. Leur produit est A+BA+B, de rang somme. La nécessité suit des bornes de rang appliquées aux deux espaces réunis.

On a aussi ker⁡(A∗A)=ker⁡A\ker(A^*A)=\ker A. L’une des inclusions est immédiate. Pour l’autre, si A∗Ax=0A^*Ax=0, multiplier à gauche par x∗x^* donne ∥Ax∥2=0\|Ax\|^2=0, donc Ax=0Ax=0. Le théorème du rang donne alors rang⁡(A∗A)=rang⁡A\operatorname{rang}(A^*A)=\operatorname{rang}A.

Pour trois matrices de tailles compatibles, l’inégalité de Frobenius est

rang⁡(AB)+rang⁡(BC)≤rang⁡B+rang⁡(ABC).\operatorname{rang}(AB)+\operatorname{rang}(BC)\le\operatorname{rang}B+\operatorname{rang}(ABC).

Elle compare la perte provoquée par AA sur Im⁡B\operatorname{Im}B à sa perte sur le sous-espace plus petit Im⁡(BC)\operatorname{Im}(BC). Dans le sous-espace plus petit, le nombre de directions détruites ne peut pas être supérieur. Écrire les deux pertes avec la formule du début de ce bloc donne l’inégalité.

Le cas d’égalité de Frobenius indiqué dans les diapositives

Posons W=Im⁡BW=\operatorname{Im}B, U=Im⁡(BC)⊂WU=\operatorname{Im}(BC)\subset W. Il y a égalité exactement lorsque U∩ker⁡A=W∩ker⁡AU\cap\ker A=W\cap\ker A. Autrement dit, toutes les sorties de BB que AA détruit doivent déjà être disponibles via BCBC.

Le support donne une formulation équivalente : il existe des matrices X,YX,Y telles que B=BCX+YABB=BCX+YAB. Pour A∈Mm,nA\in M_{m,n}, B∈Mn,pB\in M_{n,p}, C∈Mp,qC\in M_{p,q}, leurs tailles sont X∈Mq,pX\in M_{q,p} et Y∈Mn,mY\in M_{n,m}. L’écriture sépare une partie accessible par BCBC et une partie reconstructible depuis ABAB.

Pour la justifier sous la condition d’égalité, projeter WW sur W∩ker⁡AW\cap\ker A, et appeler ce projecteur PP. Les colonnes de PBPB appartiennent à UU, donc PB=BCXPB=BCX. Le reste (I−P)B(I-P)B est nul sur tout vecteur annulé par ABAB, donc ne dépend que de ABAB et s’écrit YABYAB, après prolongement de l’application à l’espace entier. Réciproquement, si la décomposition existe et si Bx∈ker⁡ABx\in\ker A, alors Bx=BCXx∈UBx=BCXx\in U. La condition d’égalité est retrouvée.

F. La formule du déterminant avec toutes les permutations

À connaître avant : déterminants et indices de matrice. Une permutation est une façon de réordonner les numéros 1,…,n1,\ldots,n. Dans la formule du déterminant, chaque choix prend une entrée par ligne et une par colonne. Une permutation σ\sigma indique la colonne choisie dans chaque ligne : la ligne ii utilise la colonne σ(i)\sigma(i).

On multiplie ces nn entrées et on donne au produit un signe. Le signe vaut plus si l’on peut obtenir la permutation avec un nombre pair d’échanges, moins pour un nombre impair. Il se note sgn⁡(σ)\operatorname{sgn}(\sigma). La formule est

det⁡A=∑σ∈Snsgn⁡(σ)∏i=1nai,σ(i).\det A=\sum_{\sigma\in\mathfrak S_n}\operatorname{sgn}(\sigma)\prod_{i=1}^n a_{i,\sigma(i)}.

Le symbole ∏\prod multiplie les entrées ; le symbole ∑\sum additionne les résultats pour toutes les permutations. En taille 2, il y a deux choix : la diagonale, de signe plus, et l’autre diagonale, de signe moins. On retrouve ad−bcad-bc. En taille 3, les six choix donnent la règle de Sarrus. Cette règle ne se prolonge pas par simple copie des diagonales pour les tailles supérieures.

Le déterminant est caractérisé par trois règles : il est linéaire en chaque colonne séparément, change de signe sous un échange de deux colonnes, et vaut 1 sur l’identité. Ces règles expliquent les effets des opérations de Gauss. Elles donnent aussi la multiplicativité : pour AA inversible, la fonction B↦det⁡(AB)/det⁡AB\mapsto\det(AB)/\det A possède exactement ces mêmes trois propriétés en les colonnes de BB, donc vaut det⁡B\det B. Si AA n’est pas inversible, les colonnes de ABAB restent dans son image de dimension insuffisante : les deux côtés de det⁡(AB)=det⁡Adet⁡B\det(AB)=\det A\det B sont nuls.

Enfin, transposer conserve le déterminant et conjuguer le conjugue. Donc det⁡A∗=det⁡A‾\det A^*=\overline{\det A}. Les conventions det⁡(a)=a\det(a)=a en taille 1 et det⁡(∅)=1\det(\varnothing)=1 en taille zéro rendent les développements récursifs cohérents.

G. Produits scalaires abstraits et inverses d’un seul côté

À connaître avant : produit scalaire complexe et adjoint. Un produit scalaire sur un espace quelconque doit respecter la linéarité dans sa première place, la conjugaison dans sa seconde, la symétrie ⟨y,x⟩=⟨x,y⟩‾\langle y,x\rangle=\overline{\langle x,y\rangle}, et la positivité stricte ⟨x,x⟩>0\langle x,x\rangle>0 pour x≠0x\ne0. C’est ce qui permet toutes les preuves de longueur et de projection que nous avons faites.

Une expression qui respecte seulement les règles de linéarité et de conjugaison s’appelle une forme sesquilinéaire. Pour les réels, sans conjugaison, le terme est bilinéaire. Si une forme hermitienne est positive au sens large, mais peut donner une longueur nulle à un vecteur non nul, elle définit seulement un semi-produit scalaire. Par exemple, ne garder que x1y1‾x_1\overline{y_1} dans C2\mathbb C^2 ignore la seconde coordonnée : (0,1)(0,1) aurait une longueur nulle. Cette différence explique l’hypothèse « définie positive ».

Si AA possède des colonnes indépendantes, A∗AA^*A est inversible, car son noyau est le même que celui de AA, donc nul. Un inverse à gauche est alors

L=(A∗A)−1A∗,LA=I.L=(A^*A)^{-1}A^*,\qquad LA=I.

Si les lignes sont indépendantes, on applique l’argument à l’adjoint et l’on obtient un inverse à droite :

R=A∗(AA∗)−1,AR=I.R=A^*(AA^*)^{-1},\qquad AR=I.

Les hypothèses de rang sont indispensables. Ces formules complètent le cas rectangulaire de la partie 14.

H. Pourquoi un calcul numérique peut hésiter sur le rang

À connaître avant : Gauss, rang et norme. La matrice diag⁡(1,ε)\operatorname{diag}(1,\varepsilon) a rang 2 pour tout ε≠0\varepsilon\ne0, même extrêmement petit, et rang 1 pour ε=0\varepsilon=0. Si les entrées sont des mesures ou des approximations, distinguer zéro d’un très petit nombre demande une tolérance. Le rang exact peut donc être fragile.

En calcul flottant, on choisit souvent comme pivot l’entrée de plus grand module dans la partie restante de la colonne : c’est le pivot partiel. Il évite certaines divisions par de très petits coefficients. Des décompositions numériques comme QR, ou une autre appelée SVD, sont aussi utilisées pour estimer le rang avec un seuil. Leur théorie numérique dépasse les exercices exacts du chapitre.

Pour une solution calculée x^\widehat x, le résidu b−Ax^b-A\widehat x vérifie si les équations sont presque satisfaites. Mais un petit résidu ne garantit pas toujours une petite erreur sur l’entrée. Pour A=diag⁡(1,ε)A=\operatorname{diag}(1,\varepsilon) et b=(1,ε)b=(1,\varepsilon), la vraie solution est (1,1)(1,1). Le choix (1,0)(1,0) a un résidu (0,ε)(0,\varepsilon), aussi petit que l’on veut, mais une erreur de 1 sur la seconde coordonnée. Le système est sensible dans cette direction.

Pour les exercices à coefficients exacts, utiliser des fractions et vérifier les égalités de départ suffit. Pour des données numériques, il faut aussi examiner leur précision et la sensibilité du problème.

24. Retrouver une méthode et s’entraîner

24.1 Traduire la question avant de calculer#

Les formulations d’un exercice peuvent changer alors que le calcul est le même. « Cette cible est-elle dans l’espace engendré ? » demande une combinaison. « La famille est-elle libre ? » demande une combinaison égale à zéro. « Donner les coordonnées dans cette base » demande les coefficients de la combinaison, avec une existence et une unicité déjà garanties.

Commence donc par écrire ce que le résultat doit vérifier. Cette première ligne évite d’appliquer une procédure sans savoir ce qu’elle doit trouver.

La questionLa première traductionLe contrôle
Résoudre un système.Écrire le tableau des coefficients, puis faire Gauss.Remplacer les résultats dans les équations initiales.
Montrer qu’un ensemble est un sous-espace.Tester zéro, puis la somme de deux éléments quelconques et un multiple quelconque.La contrainte est-elle encore respectée ?
Paramétrer un ensemble.Résoudre les contraintes et choisir les variables libres.L’écriture donne-t-elle tous les éléments, et seulement eux ?
Construire une cible avec des vecteurs.Mettre des coefficients inconnus et comparer les positions.Refaire la combinaison trouvée.
Tester la liberté.Écrire une combinaison de toute la famille égale à zéro.Y a-t-il une solution avec un coefficient non nul ?
Trouver une base d’une famille.Placer les vecteurs en colonnes et repérer les colonnes de pivot.Reprendre les colonnes dans la matrice initiale.
Trouver le noyau.Résoudre la sortie zéro.Chaque vecteur proposé est-il bien envoyé sur zéro ?
Trouver l’image.Chercher une base des colonnes.Toutes les colonnes se reconstruisent-elles avec cette base ?
Calculer le déterminant.Exploiter les zéros, développer une ligne, ou triangulariser.Suivre les changements de signe et facteurs de ligne.
Inverser une matrice carrée.Transformer [A∣I][A\mid I] en [I∣B][I\mid B].Vérifier AB=IAB=I.
Projeter sur un sous-espace.Chercher une partie dans le sous-espace avec un reste perpendiculaire.Vérifier les deux conditions, pas seulement l’une.
Changer de coordonnées.Écrire comment les vecteurs de base reconstruisent le vecteur.Revenir aux coordonnées initiales sur un exemple.

24.2 Une version presque programmable de Gauss–Jordan#

Une fois la méthode manuelle comprise, voici une écriture qui précise les actions sans choix implicite. Le tableau MM contient mm lignes et nn colonnes d’inconnues, plus la colonne du nombre de droite. M[i,j]M[i,j] désigne son entrée de ligne ii, colonne jj. Les numéros commencent ici à 1.

r ← 1    // prochaine ligne dans laquelle placer un pivot
colonnes_de_pivot ← liste vide

pour j de 1 à n :
    chercher une ligne k ≥ r telle que M[k,j] ≠ 0
    si aucune ligne ne convient : passer à la colonne suivante

    échanger les lignes k et r
    diviser toute la ligne r par son coefficient M[r,j]

    pour chaque ligne i différente de r :
        c ← M[i,j]    // conserver cette valeur avant la modification
        ligne i ← ligne i − c × ligne r

    ajouter j à colonnes_de_pivot
    r ← r + 1
    si r > m : arrêter la boucle

si une ligne dit 0 = un nombre non nul :
    retourner « aucune solution »
sinon :
    donner un paramètre à chaque variable sans pivot
    lire les variables de pivot en fonction de ces paramètres
    vérifier dans le système initial

On ne choisit des pivots que dans les colonnes des inconnues. Un coefficient non nul dans le nombre de droite, après une ligne de zéros à gauche, est une contradiction. Pour un noyau, le nombre de droite est zéro. Pour un inverse, le bloc de droite est l’identité, et toutes les opérations portent aussi sur ce bloc.

24.3 Quatre exercices de reprise, indépendants du devoir#

Ils servent à vérifier que le sens des opérations est devenu clair. Leur solution est repliée. Ils ne reprennent pas les questions du devoir et n’en donnent pas les réponses.

Construire une cible

Avec u=(1,2)u=(1,2) et v=(1,0)v=(1,0), trouver les coefficients pour construire (4,6)(4,6).

Suivre la résolution

On cherche a,ba,b tels que a(1,2)+b(1,0)=(4,6)a(1,2)+b(1,0)=(4,6). À gauche, les coordonnées sont (a+b,2a)(a+b,2a). Donc 2a=62a=6, d’où a=3a=3, puis a+b=4a+b=4, d’où b=1b=1. Le contrôle donne 3(1,2)+(1,0)=(4,6)3(1,2)+(1,0)=(4,6).

Tester un sous-espace

Les fonctions continues sur [0,1][0,1] qui vérifient f(0)=f(1)f(0)=f(1) forment-elles un sous-espace ?

Suivre la preuve

La fonction nulle convient. Si f,gf,g conviennent, alors (f+g)(0)=f(0)+g(0)=f(1)+g(1)=(f+g)(1)(f+g)(0)=f(0)+g(0)=f(1)+g(1)=(f+g)(1). Pour un réel aa, (af)(0)=af(0)=af(1)=(af)(1)(af)(0)=af(0)=af(1)=(af)(1). Sommes et multiples restent continus. Les trois conditions du critère sont vérifiées.

Extraire une base d’une description

Les matrices réelles 2×22\times2 symétriques dont les deux coefficients diagonaux sont égaux ont-elles une base facile à écrire ?

Suivre la construction

Une telle matrice a exactement la forme (abba)\begin{pmatrix}a&b\\b&a\end{pmatrix}. Elle s’écrit aI+b(0110)aI+b\begin{pmatrix}0&1\\1&0\end{pmatrix}. Les deux matrices fixes engendrent donc l’ensemble. Elles sont libres : une combinaison nulle oblige a=0a=0 en lisant l’entrée du haut à gauche, puis b=0b=0 en lisant celle du haut à droite. Elles forment une base, et la dimension vaut 2.

Contrôler une projection

Le vecteur p=(2,0)p=(2,0) est-il la projection de b=(2,3)b=(2,3) sur l’axe horizontal ?

Suivre le contrôle

Il faut deux choses. D’abord, pp doit appartenir à l’axe horizontal : sa seconde coordonnée vaut bien zéro. Ensuite, le reste b−p=(0,3)b-p=(0,3) doit être orthogonal à l’axe. Son produit scalaire avec le générateur (1,0)(1,0) vaut zéro. Les deux conditions sont réunies. Pythagore garantit alors que c’est l’unique point de l’axe le plus proche.

24.4 Avant de reprendre le devoir#

Si tu peux expliquer avec tes mots ce qu’est une combinaison, pourquoi on compare les coordonnées, ce qui rend un ensemble stable, et la différence entre générer et être libre, tu disposes du sens des notions centrales. Si tu peux aussi faire les opérations de Gauss en disant quelle inconnue tu fais disparaître, tu as la méthode de calcul nécessaire.

Tu peux alors repartir du PDF d’énoncé, sans ouvrir les DOCX. Si tu bloques, repère la première action que tu ne sais pas justifier et reviens à l’exemple correspondant du cours. L’objectif n’est pas de deviner une formule à utiliser, mais de savoir quelle condition ton résultat doit satisfaire.

25. Retrouver le PDF et ses notations

Ce cours reprend le chapitre 0 du PDF Matrix Analysis – Review and Miscellanea de Xiaoming Huang, Beijing Jiaotong University. La feuille d’exercices a servi à repérer les savoir-faire à développer ; ses solutions ne figurent pas dans ce document.

Ouvrir le support du cours, 81 diapositives. Ouvrir l’énoncé du devoir, 2 pages.

L’ordre a été réorganisé pour faire apparaître les opérations avant les généralisations. Les projections et le complément de Schur comprennent des développements pratiques explicitement signalés. Le chapitre 0 disponible est entièrement couvert ; les chapitres suivants, absents du dossier, ne sont pas supposés connus.

Dans le PDFDiapositivesDans cette lecture
0.0 · Linear Equations4–163 · Équations, 4 · Gauss.
0.1 · Vector spaces17–281–2 · Opérations, 5 · Objets, 6 · Espaces, 7–8 · Sous-espaces et appartenance, 9 · Bases, approfondissements A–C.
0.2 · Matrices29–3610 · Applications, 11 · Noyau et image, 15 · Adjoint et trace, 20 · Structures, approfondissement D.
0.3 · Determinants37–514 · Formes échelonnées, 13 · Déterminants, approfondissement F.
0.4 · Rank52–5612 · Rang, approfondissements D, E et H.
0.5 · Nonsingularity57–5814 · Inverse, approfondissement G.
0.6 · Inner product and norm60–6616 · Longueur et produit scalaire, 17 · Projections et Gram–Schmidt, 18 · Complément orthogonal, approfondissement G.
0.7 · Partitioned sets and matrices67–6819 · Sous-matrices et blocs.
0.8 · Determinants again69La diapositive est marquée « Skip » et ne développe pas de contenu.
0.9 · Special types of matrices70–7320 · Structures et interpolation.
0.10 · Change of basis74–7821 · Changer de coordonnées.
0.11 · Equivalence relations79–8022 · Comparer les matrices.

Les mots anglais à reconnaître après les avoir compris#

Anglais du PDFFrançais utilisé ici
scalar, fieldScalaire, corps : nombre autorisé comme coefficient et ensemble de ces nombres.
closure, closed underStabilité : rester dans l’ensemble après une opération.
span, spanning familyEspace engendré, famille génératrice.
independent, dependentFamille libre, famille liée.
basis, dimensionBase, nombre de vecteurs d’une base.
range, null space, nullityImage, noyau, dimension du noyau.
row echelon form, RREFForme échelonnée, forme échelonnée réduite.
consistent, inconsistentCompatible, incompatible : au moins une solution ou aucune.
back substitutionSubstitution arrière : remonter les équations.
nonsingular, invertibleDans le cas carré : inversible.
transpose, adjointTransposée, transposée conjuguée.
inner product, normProduit scalaire, longueur selon la norme choisie.
orthogonal, orthonormalOrthogonal : produit scalaire nul ; orthonormé : orthogonal et de norme 1.
similarity, congruenceSimilitude, congruence : voir leur changement de coordonnées précis.

Conventions du document : PdP_d inclut les polynômes de degré inférieur à dd et le polynôme nul. Le produit scalaire complexe est linéaire dans la première place. Les aires et volumes utilisent la valeur absolue du déterminant. Les dimensions, compléments orthogonaux et algorithmes sont utilisés en dimension finie, sauf dans le passage explicitement consacré à tous les polynômes.

Lecture progressive révisée le 29 octobre 2026. Le fichier contient ses formules, polices et schémas ; il fonctionne hors ligne. Les liens vers les PDF utilisent leur position dans le dossier d’origine. Styles et polices mathématiques KaTeX, licence MIT, © Khan Academy et contributeurs.